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11/05/2009

Montpellier-Pézenas - L'exécution de Pommarèdes


Extrait du Courrier du Midi Montpellier, 21 février 1843

Il y a eu samedi dernier un an que celui qui avait jeté l'épouvante parmi les populations des arrondissements de Béziers et de Lodève, l'auteur de l'assassinat de Cauvy et de Carratier, commit son dernier crime en arrêtant le sieur Gelly, de Gabian, et le sieur Boulerais, dit Cambajou, et tomba enfin sous la main de la justice.

Par l'effet de retards successifs, qui ont eu quelque chose de, providentiel, l'anniversaire de ce jour a été aussi celui de l'expiation, Jean Pommarèdes, dit Carcassonne, natif de Caux, condamné à la peine capitale par arrêt de la cour d'assises de l'Hérault, du 7 décembre dernier, et dont le pourvoi en cassation était rejeté depuis le 5 janvier, est parti samedi 18 février à cinq heures du matin, de Montpellier, pour être conduit au supplice.

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(Montpellier - Le palais de Justice)

A quatre heures et demie, MM. les administrateurs des prisons accompagnés de M. l'aumônier, out rendu visite au patient pour lui annoncer que l'heure fatale allait sonner. Un tremblement convulsif a saisi le malheureux à cette nouvelle inopinée; des larmes ont mouillé ses paupières; mais, se remettant presque aussitôt, ses premières paroles ont eu pour but de demander à se confesser. On lui a répondu qu'il le ferait à Pézenas, et il a été conduit à la messe qu'allait célébrer pour lui le digne aumônier.

Cinq heures sonnaient lorsque le condamné est monté dans une voiture de louage ouverte, une sorte de char-à-banc, où M. l'abbé Cellier, le maréchal de- logis de la gendarmerie et un gendarme ont pris place auprès de lui, et la voiture, escortée par d'autres gendarmes à cheval, s'est dirigée vers la route de Pézenas, en passant par la porte du Peyrou, la rue de la Merci et le cours des casernes.

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(Montpellier - Le palais de Justice)

Malgré l'heure matinale et la profonde obscurité de la nuit, un nombre immense de curieux encombraient les abords du palais de justice, les boulevards et sous les parcours jusqu'au-delà du pont à bascule. Chose bien affligeante à dire, cette foule avide a manifesté des sentiments indignes d'une nation civilisée. Une horde de barbares a couvert de huées et d'outrages le malheureux condamné qui, malgré ses crimes, aurait dû, en ce moment suprême, exciter une profonde pitié; des femmes, de jeunes filles poussaient des vociférations de cannibales contre un homme que l'on conduisait au dernier supplice ! Dans leur honteux acharnement, on les entendait se dire que la justice était trop douce pour un aussi grand criminel; ils auraient voulu jouir du spectacle de sa torture !!!

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(Montpellier - Le Palais de Justice et l'Arc de Triomphe)

Le fatal convoi est arrivé à Pézenas à dix heures, au milieu de l'immense concours des populations voisines que ce triste spectacle avait attirées. Pendant ce lugubre voyage, le condamné a reçu les secours de la religion avec une expression de repentir et des sentiments de résignation qui ne se sont pas démentis jusqu'au dernier moment. A onze heures et demie, il a été conduit sur un chariot découvert à la place St-Jean, désignée pour l'exécution, ayant toujours à son côté le digne ecclésiastique qui soutenait son courage, lui montrait l'image du Christ, et récitait avec lui les prières des agonisants. Le repentir de ce malheureux était tel, qu'il manifestait à chaque instant le regret que le supplice ne fût pas accompagné de souffrances plus en rapport avec l'énormité de ses crimes. Le prêtre est monté avec lui sur l'échafaud, et lorsqu'on a vu l'homme de la religion recevoir dans ses bras le pêcheur repentant, que la justice humaine avait flétri et que son glaive allait frapper, la multitude, vivement impressionnée, n'a pu contenir l'expression des sentiments dont celte scène sublime l'a pénétrée. A peine M. Cellier était descendu de l'échafaud et avait fléchi les genoux au pied de ce fatal escalier, que tout était consommé.

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(Pézenas - Place du 14 juillet)

On peut, sans exagération, évaluer de 35 à 40 mille le nombre des personnes que ce sanglant spectacle avait attirées à Pézenas. Mais si l'on doit déplorer l'avide curiosité qui a mis en mouvement une telle affluence de gens, on doit aussi, à leur louange, reconnaître que l'attitude de tous a été grave et silencieuse, et que le seul sentiment qui se soit manifesté est celui d'une douloureuse anxiété.

Une dame, et c'est bien tant pis pour elle, qui, volontairement, assistait aussi, d'une fenêtre à cet horrible drame a été saisie soudain de spasmes et de convulsions telles qu’il a été fort difficile de rappeler ses esprits.

 

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