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24/08/2009

Sète - Les joutes de la Saint Louis

C'est la veille du grand jour, la Saint-Louis, jour de fête en pays sétois. Depuis quelques jours déjà, la ville est en effervescence.

Extrait de Fleuve d'Or, route enchantée, Maurice CHAUVET, 1947

Dès le matin, pendant que sonnent les cloches et que les drapeaux ondulent au vent, c’est le défilé des jouteurs pavois au bras et lance haute tandis que les tambours et les hautbois rythment leur marche allègre. Au passage, les amateurs saluent les héros de la fête: «Alors, Isoard, tu es prêt? » - « 0, Liparotti, bagna pas la camisa! » « Cabussaras pas, é, Di Crescenzo! », et ces interpellations dans la bonne tradition homérique fusent de ces bistrots qui portent des noms aussi savoureux que ceux des trois mâts de la grande époque. Quoi de plus poétique que ces bars de « l'Horizon », des « Paquebots » ou de « Terre Neuve ».

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(Sète - Le canal)

Mais c'est l'après-midi, quand le « labech » rafraîchissant gonfle la tente de la gabarre officielle sur l'aveuglante réverbération du grand Canal, que les maisons du quai éclatent de blancheur, que la foule pressée sur les noirs chalands de bois s'agite et crie, qu'un papillonnement de couleurs, de sons, de lumière vous grise déjà, que tout-à-coup éclate l'ardente musique des combats. Les deux grandes barques foncent sous l'effort des rameurs, on entend grincer le bois des lourds avirons, la vitesse s'accroît et, brusquement, un grand silence: musique, rameurs, rumeurs, tout s'est tu. Pendant dix secondes, les deux navires semblent s'aborder furieusement, glissant bord à bord en pleine course et c'est le double choc sourd des fers de lance sur les pavois, un homme désarticulé qui tombe de la haute tintaine, un vaincu arraché à son piédestal éphémère, un « plouf » dérisoire dans l'eau verte et scintillante du canal.

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(Cette - Joutes cettoises, après)

Le drame a duré une demi-minute et déjà un nouveau combattant salue de la lance pendant que le hautbois et le tambour reprennent l'air lancinant qui, jusqu'au soir, fera retentir son inlassable scherzo.

Aucune comparaison n'est possible entre ce noble jeu au cérémonial séculaire, fait de plastique, et pour parler sétois de « prestance» et ces joutes dites lyonnaises où des hommes en maillots de bains se renversent au ras de l'eau en se poussant avec des bâtons que terminent un tampon douillet. Ce n'est là qu'une parodie des nobles joutes sétoises où le trident de fer arrache souvent un morceau de chemise et marque d'un sillon sanglant l'épaule de l'adversaire. Il s'agit bien ici d'un tournoi avec toute son élégance, son côté chevaleresque, sa force hardie; les autres joutes ne sont que des divertissements aquatiques d'un médiocre intérêt.

 

 

Commentaires

Bonjour Christophe

Voilà encore de quoi alimenter la nostalgie! Mais ce ne sont que de bons souvenirs , comme les joutes de Palavas!

Amicalement. Nicole

Écrit par : nicole dupin | 27/08/2009

Bonjour Christophe

Voilà encore de quoi alimenter la nostalgie! Mais ce ne sont que de bons souvenirs , comme les joutes de Palavas!

Amicalement. Nicole

Écrit par : nicole dupin | 27/08/2009

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