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28/09/2009

La Salvetat sur Agoût - Les croyances de la montagne noire (3)

Extrait de Usages, coutumes et superstitions des habitants de la montagne noire, A de Chesnel, 1839

LE LOUP GAROU

Cet être fantastique qui était connu des Grecs (qui peut-être l'inventèrent), des Romains, des Celtes, des Francs et autres peuples, et dont l'existence s'est prolongée jusqu'à nous, le loup-garou enfin, apparaît dans tous les coins et recoins de la Montagne Noire. L'habitant de cette contrée affirme que la destinée a voué certains hommes à cette transformation, qui a lieu durant la pleine lune.

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(La Salvetat - Vue de la ville)

C'est la nuit que le mal les prend. Alors ils sortent de leur lit, sautent par la fenêtre et vont se précipiter dans une fontaine. Après l'immersion, ils se trouvent revêtus d'une peau à longs poils, et marchant à quatre pattes, ils courent de côté et d'autre, dans les champs, dans les bois, dans les villages, mordre gens et bêtes qu'ils rencontrent. A l'approche de l'aube, ils retournent se plonger dans la fontaine, et ils y déposent leur enveloppe poilue, pour aller ensuite se replacer dans le lit qu'ils avaient quitté.

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(La Salvetat - Passerelle des ondes sur la Vèbre)

21/09/2009

Beziers - Les vendanges

Extrait du roman Les vendanges, Georges BEAUME, vers 1920

La colle, par des chemins sinueux, au loin, entre les haies, était en marche. Tous appartenaient à la ville: une dizaine, dont trois hommes, parmi lesquels Caguésol, le pire garnement de la contrée, qui ne travaillait qu'aux vendanges. Caguésol, toujours jeune et bon drille, malgré l'approche des quarante ans, s'avançait le premier, gesticulant, dominant de la voix, car ils gravissaient la côte en chantant, le front levé vers la grange blonde, baignée de lumière.

Les vendangeurs arrivèrent en tumulte, par le portail aux battants étalés. Caguésol jeta son sac contre le mur, s'assit dessus bravement, en s'épongeant la figure. Martin, sans se déranger de sa chaise, considéra la troupe avec contentement, avec une amitié qui lui monta du cœur aussi forte qu'à la nouvelle d'un héritage longtemps attendu. C'était la première fois qu'il employait tant de gens. Il soignait sa terre depuis vingt ans: elle lui rapportait enfin, il pourrait économiser, cette année, acheter quelques rentes. Il allait ramasser la récompense de ses efforts, de ses douleurs de sa foi.

A table, Lise se tenait sans embarras, sans honte, en enfant de la maison. Ici, régnait la bonhomie du paysan qui aime la terre pour lui et pour les autres, l'amitié du camarade qui, se souvenant des temps de misère, partage avec ses domestiques le plaisir du labeur et des résultats. Ils se regardèrent tous autour de la table en riant et, sur un geste du maître, trinquèrent sans parler, avec modestie.

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(Beziers - Les vendanges, coupeuses et porteurs)

On entama la vigne la plus proche de la ferme. Caguésol et Fulcrand, armés chacun d'un levier, s'associèrent pour transporter les fardeaux, tandis que les autres hommes entassaient les raisins à coups de massue dans les comportes. Les femmes avaient attaché leur long tablier de toile par la cordelière et noué sous le menton les ficelles du chapeau de paille.

On riait. Lise oubliait son chagrin dans la familiarité de ces pauvres qui chantent toujours comme des cigales. Martin allait à droite et à gauche, tantôt s'attaquant à un cep, tantôt roulant des tonneaux. On mangeait des raisins, on se grisait de soleil, les hommes en bras de chemise, leur veste posée au bord du talus.

Mathieu, s'étant assuré que, sur l'aire, devant le portail, il n'y avait point de grosses pierres, donna des coups de fouet vers le chemin avec un geste de prévenance et d'appel; et la mule, hochant la tête, ébranla la charrette énorme. Deux hommes pour les fouloirs, séjournaient dans la grange, avec Martine, laquelle veillait au manger du monde et de la basse cour.

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(Beziers - Les vendanges, la vie aux champs)

Le soir, dès cinq heures, la bande repartit pour la ville, tous un peu las, noirs de raisins, rôtis de soleil. Les femmes portaient délibérément sur la tête des paniers pleins de fruits, d'où débordaient les vertes feuilles. Caguésol entonna une chanson. Paisibles, sans gestes, bientôt ils se mêlèrent à toutes les bandes qui chantaient aussi, affluant sur la route. Le soir bleu alanguissait la campagne.

Vers le couchant semblait percer une lumière nouvelle sortie des bois rouges, des profonds ravins des Cévennes, une aube ardente qui faisait flamber les cimes et fleurir d'étoiles les futaies et les hauts branchages. Les roseaux frémissaient parfois, sous les caresses furtives, si menues, de la brise. Les charrettes, dans le recueillement des terroirs sonores, éveillaient une musique très lointaine de barbares cheminant vers des buts ignorés.

 

14/09/2009

Montpellier - Lycée de jeunes filles (5ème partie)

Retrouvez toutes les notes sur le lycée Clémenceau en cliquant ici

LYCÉE DE JEUNES FILLES de MONTPELLIER

INTERNAT MUNICIPAL

Le Lycée de Montpellier, qui a été le premier Lycée de Jeunes Filles ouvert en France, demeure au premier plan par la valeur de son enseignement et l'organisation de son internat : Celui-ci réalise tout ce que les parents peuvent actuellement désirer. Placer les enfants dans les meilleures conditions d'hygiène, veiller de très près à leur santé physique, est la grande préoccupation. Toutes les élèves sont régulièrement pesées et mesurées, de façon à suivre leur développement. Si une anomalie de croissance est constatée, le Médecin, professeur agrégé, attaché à l'établissement, est consulté. Une installation moderne de bains et de douche permet une propreté rigoureuse de toutes les enfants.

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(Montpellier - Lycée de Jeunes filles, le jardin d'enfants)

Le chauffage central maintient dans toute la maison et par les plus grands froids une température douce et fixe. La discipline est libérale mais ferme, elle s'inspire de la plus entière loyauté, elle vise surtout à former chez les élèves le sens du devoir et de la responsabilité personnelle. La tenue et les manières sont l'objet d'une attention particulière; les internes, en dehors du Lycée, n'échappent pas au contrôle. Toute facilité est donnée aux élèves pour l'accomplissement de leurs devoirs religieux; un aumônier catholique est attaché à l'établissement, les élèves protestantes sont conduites à leur lieu de culte.

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(Montpellier - Lycée de Jeunes filles, 1ère étude)

Les pensionnaires, dont les parents n'habitent pas la Ville doivent avoir un correspondant responsable. Les correspondants sont tenus de surveiller les élèves dont ils ont pris la charge. Aucune élève n'est admise à sortir seule en ville. Les élèves dont la conduite et le travail ont été satisfaisants, sont autorisées à sortir tous les dimanches, elles sont demandées au parloir par les parents ou les correspondants de 9 h. à 10 h. ou de 12 h. 1/2, à 13 h1/2; elles doivent être ramenées au Lycée et présentées au parloir avant 20 h. 30; aucun retard n'est toléré. Le Parloir est ouvert aux familles chaque jour de 12 h 30 à 13 h 30 et de 16 h 1/4 à 16 h 3/4. Les lettres reçues par les pensionnaires doivent être contresignées ; la plus grande surveillance est exercée sur la correspondance.

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(Montpellier - Lycée de Jeunes filles, salle de manipulations)

Les pièces à produire pour l'inscription des élèves sont les suivantes:

  • 1) - Acte de naissance sur papier timbré.
  • 2) - Certificat de vaccine.
  • 3) - Certificat de bonne conduite délivré par l'établissement d'où vient l'élève.

Les frais de pension sont payés par trimestre et d'avance. Une remise est faite aux familles qui ont plusieurs enfants à l'Internat. En principe, aucune pensionnaire ne doit rester au Lycée pendant les vacances de Noël et de Pâques; toutefois, en cas de force majeure, l'Internat peut garder quelques élèves, moyennant un supplément de pension de 10 fr. par jour. Les livres et les fournitures scolaires sont à la charge des familles, ainsi que les leçons de musique. Un trousseau complet est exigé des pensionnaires; tous les objets doivent être marqués au numéro attribué à l'élève. Les draps et les serviettes des élèves qui sont restées deux ans au Lycée, ne sont pas rendus aux familles et passent au service de l'Infirmerie. L'Internat se charge du blanchissage et du raccommodage du linge sans rétribution spéciale.