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14/12/2009

Beziers - Les jeux des petits biterrois

Extrait d'un article tiré de "De Maguelone à la Cité", 1948, Louis J. THOMAS

Les petits enfants de Béziers pratiquent-ils encore, les hommes de Béziers ont-ils connu dans leur enfance, les jeux auxquels se plaisaient les Biterrois de huit à douze ans au temps du roi Louis XVI ?

Voici, pour les aider dans cette recherche et cette comparaison entre le temps de Marie-Antoinette et le nôtre, un bien curieux catalogue des amusements dont se récréaient les petits Biterrois qui avaient douze ans lorsque mourut le roi Louis XV. Ce catalogue a été dressé au mois d'août 1808 par un illustre enfant de Béziers, né le 20 janvier 1762, le général Miquel.

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(Béziers - Sous la neige, sortie du plus jeune chauffeur du Monde)

En l'année 1808, l'empereur Napoléon voulut connaître exactement l'origine et la situation de tous les hommes notables de son Empire. Une vaste enquête fut entreprise; des renseignements furent recueillis, des états furent dressés, que l'on retrouve abondamment parmi les documents statistiques des Archives.

Pour obéir aux ordres venus de Paris, le préfet de l'Hérault voulut entre tant d'autres, dresser la fiche signalétique du général Miquel, notable biterrois. De Foix, où il commandait, Miquel envoya à son neveu Jacques Azais, pour qu'il les transmit au préfet, toutes les précisions désirables sur son âge, sa famille, sa fortune, sa carrière militaire.

 

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(Béziers - Statue Paul RIQUET et le théâtre)

Mais à sa notice, il ajouta le plus savoureux post-scriptum. « Réflexion faite, écrivait-il, comme M. le Préfet désire connaître ce que j'étais avant 1789, il ne serait pas hors de propos, en prenant l'époque d'un peu haut, de lui dire que, in illo tempore, je m'occupais à jouer... :

  • A renguetos
  • A zin-zest
  • A Siro, d'ou-bien-tu ?
  • As quatre cantous
  • A la man caudo
  • Al cugnet
  • Al chabalet de San-Jordi
  • A seletos
  • A Pachechin
  • A las candeletos
  • A las quatre bariolos
  • Al serboulan
  • Al planto portos
  • Al fran-carreou
  • Al pan, ambe de liards contro la muralho
  • A couri ambe la cordo
  • A la gauduffo
  • A barros
  • A las justos, sus de pichots carriots
  • A las damos, sul plan de San-Félix
  • A las bouletos, sul taulié, à Cabrit ou las enganos
  • Al sautarel
  • A la paumo
  • Al rampot
  • Al berlan, ambe de decoupuros
  • Al palet, al rec de Bagnols
  • A las bochos, al rec de Saint-Antonio
  • Al malhé, al cami del Pontil et à la Pourtanelo
  • A fa de soupetos, as moulis ou al poun rouge
  • Al rat, sur l'esquino de las bieillos

19/10/2009

Béziers - le bateau lavoir

On se souvient des lavandières qui, à l'aide de leur caisson et de leur savon, faisaient leur lessive à la fontaine ou sur les berges de la rivière. On se rappelle moins de ces bateaux-lavoirs, véritables entreprises flottantes qui proposaient le séchage du linge par chaufferie. Le linge est ensuite étendu sur la rive pour un séchage complet. Les bateaux lavoirs ne sont pas de véritables bateaux. Ils ne se déplacent éventuellement que pour aller offrir leurs services un peu plus loin.

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(Béziers - Le vieux pont)

On devine le logement du prpriétaire à l'avant du bateau, une cabane toute simple. Les emplacements sont strictement administrés par l'autorité municipale afin de ne pas gêner la navigation sur le fleuve.

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(Béziers - Bateau lavoir)


Ces entreprises disparaitront définitivement avec l'apparition des machines à laver le linge particulières. Deux spécimens de bateau-lavoir, classés monuments historiques, sont conservés à Laval.

 

21/09/2009

Beziers - Les vendanges

Extrait du roman Les vendanges, Georges BEAUME, vers 1920

La colle, par des chemins sinueux, au loin, entre les haies, était en marche. Tous appartenaient à la ville: une dizaine, dont trois hommes, parmi lesquels Caguésol, le pire garnement de la contrée, qui ne travaillait qu'aux vendanges. Caguésol, toujours jeune et bon drille, malgré l'approche des quarante ans, s'avançait le premier, gesticulant, dominant de la voix, car ils gravissaient la côte en chantant, le front levé vers la grange blonde, baignée de lumière.

Les vendangeurs arrivèrent en tumulte, par le portail aux battants étalés. Caguésol jeta son sac contre le mur, s'assit dessus bravement, en s'épongeant la figure. Martin, sans se déranger de sa chaise, considéra la troupe avec contentement, avec une amitié qui lui monta du cœur aussi forte qu'à la nouvelle d'un héritage longtemps attendu. C'était la première fois qu'il employait tant de gens. Il soignait sa terre depuis vingt ans: elle lui rapportait enfin, il pourrait économiser, cette année, acheter quelques rentes. Il allait ramasser la récompense de ses efforts, de ses douleurs de sa foi.

A table, Lise se tenait sans embarras, sans honte, en enfant de la maison. Ici, régnait la bonhomie du paysan qui aime la terre pour lui et pour les autres, l'amitié du camarade qui, se souvenant des temps de misère, partage avec ses domestiques le plaisir du labeur et des résultats. Ils se regardèrent tous autour de la table en riant et, sur un geste du maître, trinquèrent sans parler, avec modestie.

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(Beziers - Les vendanges, coupeuses et porteurs)

On entama la vigne la plus proche de la ferme. Caguésol et Fulcrand, armés chacun d'un levier, s'associèrent pour transporter les fardeaux, tandis que les autres hommes entassaient les raisins à coups de massue dans les comportes. Les femmes avaient attaché leur long tablier de toile par la cordelière et noué sous le menton les ficelles du chapeau de paille.

On riait. Lise oubliait son chagrin dans la familiarité de ces pauvres qui chantent toujours comme des cigales. Martin allait à droite et à gauche, tantôt s'attaquant à un cep, tantôt roulant des tonneaux. On mangeait des raisins, on se grisait de soleil, les hommes en bras de chemise, leur veste posée au bord du talus.

Mathieu, s'étant assuré que, sur l'aire, devant le portail, il n'y avait point de grosses pierres, donna des coups de fouet vers le chemin avec un geste de prévenance et d'appel; et la mule, hochant la tête, ébranla la charrette énorme. Deux hommes pour les fouloirs, séjournaient dans la grange, avec Martine, laquelle veillait au manger du monde et de la basse cour.

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(Beziers - Les vendanges, la vie aux champs)

Le soir, dès cinq heures, la bande repartit pour la ville, tous un peu las, noirs de raisins, rôtis de soleil. Les femmes portaient délibérément sur la tête des paniers pleins de fruits, d'où débordaient les vertes feuilles. Caguésol entonna une chanson. Paisibles, sans gestes, bientôt ils se mêlèrent à toutes les bandes qui chantaient aussi, affluant sur la route. Le soir bleu alanguissait la campagne.

Vers le couchant semblait percer une lumière nouvelle sortie des bois rouges, des profonds ravins des Cévennes, une aube ardente qui faisait flamber les cimes et fleurir d'étoiles les futaies et les hauts branchages. Les roseaux frémissaient parfois, sous les caresses furtives, si menues, de la brise. Les charrettes, dans le recueillement des terroirs sonores, éveillaient une musique très lointaine de barbares cheminant vers des buts ignorés.