Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

22/06/2009

Fabrègues et Saint-Jean de Védas - Les enmascats

Extrait de Fleuve d'Or, route enchantée, Maurice CHAUVET, 1947

Tout près de la rivière Mosson, dans un endroit désert est un vieux moulin abandonné. C'est là qu'en 1663 se déroula l'aventure tragi-comique de ces trois étudiants impécunieux désireux d'acquérir le secret diabolique de la Pistole Volante, cette pièce d'or magique qui avait le pouvoir de revenir dans la poche de son heureux possesseur après usage. Pour cela, il fallait évoquer le Diable et que l'invocation fût dite par un prêtre. Un hebdomadier de la Cathédrale eut la faiblesse de se joindre à eux et un soir d'été, à minuit, nos apprentis sorciers se livrèrent à toutes les cérémonies de magie-noire requises en pareil cas; ceci se passait au MOULIN DU TROU.

fabregues-1.jpg
(Fabrègues - La gare)

Au moment le plus terrible, lorsque enfermés dans le cercle magique, l'épée à la main, ils prononçaient à haute voix la formule sacramentelle : « A moi Satanas Belzebut, apparais! », un coup de tonnerre ébranla la maison en même temps qu'un éclair aveuglant illuminait la nuit. Pris par les préparatifs de leur cérémonie ils n'avaient pas vu se former un de ces orages de chaleur fréquents dans nos régions. Une folle terreur s'empara des malheureux, échevelés, hors d'haleine, ils courent jusqu'à SAINT-JEAN-DE-VÉDAS hurlant « Le Diable, le Diable est là! ».

Il n'en fallait pas plus pour affoler la paisible population endormie; les fenêtres s'ouvrent, les lumières s'allument, un second coup de tonnerre met le comble à la confusion, la foudre vient d'enflammer une meule, tout le village en chemise crie: « Le Diable ! Le Diable, sien enmascas ! Nous sommes emmasqués ! ».

 

fabregues-2.jpg
(Fabrègues - La mairie)

L'affaire fit du bruit, le prêtre fut envoyé quelque temps aux galères car à cette époque on ne badinait pas avec ces choses, les étudiants passèrent plusieurs mois au cachot, mais les malheureux habitants de SAINT-JEAN y gagnèrent le surnom « d'enmascats », « d'ensorcelés », qu'ils portent depuis sans en être autrement incommodés, sauf qu'on affirme qu'à SAINT-JEAN-DE-VÉDAS on ne voit jamais de fumée sortir des cheminées et, de fait, chaque fois qu'on passe devant ce petit village que la route ne traverse pas, on constate la véracité de ce dicton; que voulez-vous, ils sont emmasqués !

 

 

15/06/2009

Gabian - La source d'huile pétrole

C'est un endroit unique en France que cette source de pétrole. On m'a raconté que pendant la seconde guerre mondiale, les gens faisaient la queue pour quelques litres de pétrole brut destiné à alimenter des moteurs à essence. En brûlant, ce précieux liquide donnait des fumées bien noires.

Extrait de l'Hérault historique, 1876, Albert et Paul FABRE

Une source, la seule en France comme spécialité, est la fontaine d'huile pétrole située sur la rive droite de la rivière de Tongue, à 1 kilomètre de Gabian (canton de Roujan). Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle elle fut restaurée par les soins de Monseigneur Bruno de Dausset, évêque de Béziers. On présume que cette source vient de la montagne Cadablés entre Gabian et Laurens.

gabian-1.jpg
(Gabian - Promenade basse)

Le pétrole est reçu dans un bassin d'une contenance de 25 à 30 hectolitres, où tombent les eaux de trois aqueducs intérieurs formant un courant de 8 centimètres de diamètre. C'est avec l'eau de ces aqueducs qu'est entraîné ce produit minéral. Il se présente en forme de lames qui surnagent dans le bassin, se réunissent et forment une couche d'huile plus ou moins épaisse, suivant qu'on est plus ou moins de temps à l'enlever. Un aqueduc dont l'ouverture se trouve en bas du bassin, porte les eaux dans la rivière de Tongue, sans que par cet écoulement continuel l'huile qui surnage puisse être entraînée.

gabian-2.jpg
(Gabian - Avenue de Faugères)

Avant 1824, les produits annuels de cette source étaient de 83 à 102 kilogrammes qu'on vendait depuis 7 francs 25 centimes jusqu'à 12 fr. 50 le kilo. On les recueillait tous les 15 jours. Il y a quelques années une compagnie anglaise fit exécuter des fouilles qui ne donnèrent aucun résultat.

08/06/2009

Montpellier - Le petit vent du Nord

Combien d'inventeurs de génie sont restés inconnus pour un qui a connu la célébrité ? Pierre TERRAL était certainement un des précurseurs de l'invention du ventilateur, conséquence d'un séjour au Maroc durant lequel il a souffert de la chaleur suffoquante du désert. L'histoire ne retiendra de lui que la lettre qu'il écrivît au bey de Tunis et si une rue de Montpellier porte aujourd'hui son nom, cela est dû au rang social de sa famille dans cette partie de la ville.

 

Extrait de De la Tour Magne à Saint-Nazaire, 1942, THOMAS et SEGUI

Au mois de juin 1737 fut saisie à Marseille une lettre écrite au bey de Tunis, Hussein-ben-Ali, le fondateur de la dynastie encore régnante. Bien que la paix existât alors entre la France et la Régence de Tunis, la lettre parut suspecte assez pour qu'on crût devoir la soumettre au ministre, le comte de Maurepas, secrétaire d'Etat à la marine. La lettre, signée « Lartéry » demandait au bey une avance de 600 livres. Cette avance, versée à Sollier, chez Cot, marchand de Marseille, permettrait à « Lartéry » de faire connaître au souverain de Tunis « des choses qui pourront en peu de temps faire votre bonheur, et de votre nation... » Etait-ce un espion qui s'offrait? Ou un courtier marron au service de la contrebande et de la piraterie barbaresques?

montpellier-017.jpg
(Montpellier - Hôtel des postes)

Une rapide enquête apprit que le nom de Lartéry était inconnu a Montpellier. Baudouin, subdélégué de Montpellier, chargé de l'enquête, eut vite fait de découvrir le domicile de Sollier, près de la porte Saint-Guilhem, « à la Valfère, dans une rue qui descend de Sainte-Anne, vis-à-vis le four de Fourcade ». Il put se procurer de son écriture. Cette écriture ne ressemblait point à celle de la lettre saisie à Marseille. Sollier fut saisi et conduit dans un cachot de la Citadelle... Sollier reconnut sans peine avoir été à Marseille au cours du dernier hiver, pour y travailler de son métier de commissionnaire. Mais quand on lui présenta la lettre au bey de Tunis, il pâlit, se troubla et dut finalement reconnaître qu'il emporta, en effet, cette lettre de Montpellier à MarseIlle à son dernier voyage. Sollier avoua enfin que la lettre lui fut confiée par un honnête bourgeois de Montpellier, son voisin, Pierre Terral, qui fut jadis esclave au Maroc et y connut Son Excellence le Bey avant sa victoire et son élévation.

Le soir même, Pierre Terral, par les soins du subdélégué, avait rejoint SoIlier à la Citadelle. C'était un vieillard de 76 ans, alerte encore, aux yeux rêveurs, au maintien placide et doux, qui répondit d'abord sans embarras aux questions du magistrat. Il reconnut la lettre accusatrice et raconta qu'il la tenait d'un certain Bruis, que Martial lui avait recommandé. Cependant que le greffier enregistrait ces réponses, le subdélégué relisait la lettre, essayant d'en scruter l'énigmatique signature: Lartéry... Et, tout d'un coup, il a une illumination: la lettre finale ôtée, il y a dans Lartéry l'anagramme de Terral. Il tient le coupable...

montpellier-115.jpg
(Montpellier - Quartier général)

Et Terral, confondu, doit parapher de son vrai nom cette lettre, qu'il avoue avoir écrite de sa main. Mais pourquoi donc l'a-t-il écrite? Et voici le récit naïf et touchant que le greffier Jean Albisson transcrivit de sa plume indifférente et fidèle, pendant que parlait Pierre Terral. Terral voulait proposer au bey de Tunis de lui fabriquer un nombre de soufflets de nouvelle invention, « lesquels soufflets auraient servi au bey à le rafraîchir et les femmes de son sérail... ». Il comptait y joindre d'autres inventions, propres à enrichir les sujets de Son Excellence, dont les largesses serviraient à l'indemniser d'une longue captivité, « ayant été sept ans esclave du roi de Maroc » Le subdélégué, méfiant, avant de croire à ce récit d'un doux et inoffensif maniaque, fit perquisition et inventaire chez Pierre Terral, où les scellés avaient été mis, par prudence, dès son arrestation. Il trouva tout de suite le cachet qui avait servi à sceller la lettre suspecte. Mais il trouva aussi mille papiers remplis de dessins, de chiffres et de descriptions sur les « idées chimériques », soufflets, moulins, dragons volants, auxquelles se complaisait si dangereusement pour son repos le malheureux Pierre Terral.

montpellier-005.jpg
(Montpellier - Le marché neuf)

Quand M. de Bernage reçut le rapport de Baudouin, il se souvint, en effet, que Pierre Terral avait obtenu brevet de Sa Majesté, lui donnant privilège exclusif pour fabriquer et vendre, dans le royaume et hors du royaume, les « petits vents du Nord » de son invention. Il s'empressa de rendre compte au ministre, qui donna aussitôt l'ordre d'élargir les deux prisonniers. Le 26 octobre, Sollier, à peine sorti de prison, assigna son malencontreux voisin en 2.000 livres de dommages. Pierre Terral, tout déconfit, retrouvant ses paperasses en désordre et ses inventions compromises, se crut définitivement perdu s'il lui fallait payer encore 2.000 livres et les frais. Il alla supplier l'Intendant, et Sollier, menacé d'être ramené à la Citadelle s'il ne retirait sa plainte, se montra conciliant.

Pierre Terral put donc achever paisiblement sa vie, sans avoir rencontré la fortune ni la gloire, ayant perdu l'espoir de léguer son nom d'inventeur à la postérité. Mais il nous reste de lui, dans les anciennes archives de la province, sa naïve lettre au bey de Tunis, - et sur les murs de Montpellier son nom de bourgeois et de propriétaire: puisque cette rue du quartier de la Valfère qui descend de Sainte-Anne vers l'ancienne enceinte de la ville s'appelle encore aujourd'hui la rue Terral.