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16/11/2009

Saint-Jean-de-Buèges - Histoire de cercueils

A quelques dizaines de kilomètres de Montpellier, il existe une rivière un petit peu magique. D'un bleu turquoise à sa source, cette résurgence au pied de la Séranne se transforme en oued et disparaît sous terre. Ainsi se meurt la Buèges, un peu en aval de Saint-Jean de Buèges ... (Découvrir la Buèges sur la blog Eldorad'oc)

Extrait de Fleuve d'Or, route enchantée, Maurice CHAUVET, 1947

Le pays est si désert que pour ensevelir les morts selon les rites liturgiques et en terre consacrée, ces populations foncièrement catholiques attachent le défunt sur une échelle que l'on fixe à dos d'âne et qu'on descend par des chemins muletiers à SAINT-GUILHEM, au CAUSSE-DE-LA-SELLE où il y a un menuisier pour faire le cercueil, un curé pour les prières et un cimetière pour ensevelir.

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(St-Jean-de-Bueges - La vierge et le château féodal)

On m'a raconté l'histoire d'un original qui habitait une ferme isolée. La perspective de ce voyage inconfortable, quoique posthume, ne lui souriait guère, aussi avait-il fait fabriquer son cercueil à l'avance à MONTPELLIER et depuis des années, la boîte de chêne attendait dans la salle commune du Mas. Elle en constituait, avec le pétrin et la pannetière, un des plus beaux ornements. Il y avait bien un demi-siècle qu'elle était là, mais le vieux Milou, comme si cette caisse avait été un talisman de santé, n'était pas prêt encore à s'embarquer sur cette galère. Or, un soir d'hiver au moment où la nuit tombait et qu'il était seul devant l'âtre, se présenta à lui un Monsieur bien mis et de bonnes manières. C'était un antiquaire parisien qui avait laissé sa voiture à PÉGAIROLLES et qui prospectait les fermes des environs :

- Vous ne voudriez pas vous débarrasser de quelques vieilleries, demanda-t-il, bassines de cuivre, chandeliers, vieilles assiettes, chenêts, j'en donne un bon prix.
- Non, Monsieur, répondit Milou, je n'ai rien à vendre. Mais l'autre insistait, inspectant la pièce d'un regard rapide et sûr; perçant la pénombre, son œil s'arrêta sur le cercueil qu'on distinguait à peine:
- Et ce coffre à pendule, ne le cèderiez-vous pas?
- Quel coffre à pendule? dit Milou, ah! vous voulez parler de... eh bé, Monsieur, ça c'est pour les pendules cassées. Vous voyez pas que c'est un cercueil?
- Comment un cercueil, s'écria l'autre, et qu'en faites-vous ici, dans une cuisine?

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(Saint-Jean-de-Bueges - Grand rue)

Toute cette insistance agaçait le vieux Milou dont les yeux tout à coup pétillèrent de malice.
- Ah Monsieur, ce que nous en faisons. Oh! c'est très simple, c'est pour enterrer les étrangers! Bon an, mal an, il y en a bien deux douzaines qui s'égarent sur le causse, ou qui tombent dans les calavens la nuit...
- Qui tombent dans les calavens !
- Eh oui, mon brave, ou bien qui sont dévorés par les sangliers, ou bien encore assassinés par les charbonniers italiens...
- Assassinés par les charbonniers italiens !
- Oui mon bon Monsieur, alors quand nous retrouvons les corps, nous les mettons proprement en bière et nous les renvoyons à la famille. C'est une sorte d'industrie locale qui rapporte assez bien; tenez, ce cercueil c'est le dernier qui me reste de la saison.
- Ah mon Dieu, s'écria l'autre bouleversé, où est mon chapeau, vite mon chapeau? Au revoir, brave homme, je reviendrai!

Et ouvrant la porte, il s'enfuit dans la nuit comme un fou tandis que Milou en pleurait de rire.

Depuis, on n'a jamais revu, dans les parages, d'antiquaires parisiens.

05/10/2009

Montpellier - Meeting du 9 juin 1907

Les manifestions viticoles de 1907 à Montpellier ont déjà fait l'objet d'une page sur ce blog. L'intensité du mouvement a marqué les esprits des montpelliérains qui ont immortalisé ces scènes. Pour donner une idée de l'importance de la foule, le nombre de manifestants est dix fois supérieur au nombre d'habitants de la ville à cette époque.

http://cpa34.midiblogs.com/archive/2007/06/04/montpellier...

Cette carte postale possède une anomalie flagrante: elle a été tirée à l'envers. En effet, le texte du auvent du "Grand Café de Montpellier" est inversé. Il s'agit d'une anomalie lors de l'impression de la carte. D'ailleurs, la même vue a été également tirée en même temps, mais dans le bon sens.

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(Montpellier - Meeting viticole du 9 juin 1907, le défilé rue Maguelone)

26 juin 1907
Vive le vin naturel
Paul

La carte ci-dessous montre le défilé du 9 juin 1907 devant la préfecture. Chose curieuse, cette carte a été envoyée en 1917. Cela traduit soit que les montpelliérains ont conservé une mémoire tenace de cet événement pour vendre des cartes 10 ans après, soit que notre correspondante a conservé cette carte chez elle pendant 10 ans.

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(Montpellier - Meeting viticole, 9 juin 1907, rue nationale)

Montpellier, le 10 janvier 1917
Ma chère amie,
Au même instant je viens de recevoir le paquet de café en très bon état, seulement avec un long retard comme j'avais déjà répondu à votre lettre en vous disant que je ne l'avais pas reçu je vous écris ces deux mots pour vous rassurer et vous remercier.
Amitié à toute votre famille. Recevez toujours ma bonne et sincère amitié. Votre petite amie pour la vie.
Irma

 

21/09/2009

Beziers - Les vendanges

Extrait du roman Les vendanges, Georges BEAUME, vers 1920

La colle, par des chemins sinueux, au loin, entre les haies, était en marche. Tous appartenaient à la ville: une dizaine, dont trois hommes, parmi lesquels Caguésol, le pire garnement de la contrée, qui ne travaillait qu'aux vendanges. Caguésol, toujours jeune et bon drille, malgré l'approche des quarante ans, s'avançait le premier, gesticulant, dominant de la voix, car ils gravissaient la côte en chantant, le front levé vers la grange blonde, baignée de lumière.

Les vendangeurs arrivèrent en tumulte, par le portail aux battants étalés. Caguésol jeta son sac contre le mur, s'assit dessus bravement, en s'épongeant la figure. Martin, sans se déranger de sa chaise, considéra la troupe avec contentement, avec une amitié qui lui monta du cœur aussi forte qu'à la nouvelle d'un héritage longtemps attendu. C'était la première fois qu'il employait tant de gens. Il soignait sa terre depuis vingt ans: elle lui rapportait enfin, il pourrait économiser, cette année, acheter quelques rentes. Il allait ramasser la récompense de ses efforts, de ses douleurs de sa foi.

A table, Lise se tenait sans embarras, sans honte, en enfant de la maison. Ici, régnait la bonhomie du paysan qui aime la terre pour lui et pour les autres, l'amitié du camarade qui, se souvenant des temps de misère, partage avec ses domestiques le plaisir du labeur et des résultats. Ils se regardèrent tous autour de la table en riant et, sur un geste du maître, trinquèrent sans parler, avec modestie.

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(Beziers - Les vendanges, coupeuses et porteurs)

On entama la vigne la plus proche de la ferme. Caguésol et Fulcrand, armés chacun d'un levier, s'associèrent pour transporter les fardeaux, tandis que les autres hommes entassaient les raisins à coups de massue dans les comportes. Les femmes avaient attaché leur long tablier de toile par la cordelière et noué sous le menton les ficelles du chapeau de paille.

On riait. Lise oubliait son chagrin dans la familiarité de ces pauvres qui chantent toujours comme des cigales. Martin allait à droite et à gauche, tantôt s'attaquant à un cep, tantôt roulant des tonneaux. On mangeait des raisins, on se grisait de soleil, les hommes en bras de chemise, leur veste posée au bord du talus.

Mathieu, s'étant assuré que, sur l'aire, devant le portail, il n'y avait point de grosses pierres, donna des coups de fouet vers le chemin avec un geste de prévenance et d'appel; et la mule, hochant la tête, ébranla la charrette énorme. Deux hommes pour les fouloirs, séjournaient dans la grange, avec Martine, laquelle veillait au manger du monde et de la basse cour.

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(Beziers - Les vendanges, la vie aux champs)

Le soir, dès cinq heures, la bande repartit pour la ville, tous un peu las, noirs de raisins, rôtis de soleil. Les femmes portaient délibérément sur la tête des paniers pleins de fruits, d'où débordaient les vertes feuilles. Caguésol entonna une chanson. Paisibles, sans gestes, bientôt ils se mêlèrent à toutes les bandes qui chantaient aussi, affluant sur la route. Le soir bleu alanguissait la campagne.

Vers le couchant semblait percer une lumière nouvelle sortie des bois rouges, des profonds ravins des Cévennes, une aube ardente qui faisait flamber les cimes et fleurir d'étoiles les futaies et les hauts branchages. Les roseaux frémissaient parfois, sous les caresses furtives, si menues, de la brise. Les charrettes, dans le recueillement des terroirs sonores, éveillaient une musique très lointaine de barbares cheminant vers des buts ignorés.