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01/03/2010

Montpellier - L'inventeur du parachute

Extrait de Vieilles rues de Montpellier, Tome II, Louis ESCURET, 1964

A la base de nombreuses légendes il y a souvent une part de vérité, tel est le cas du soi-disant parachutage de Lenormand, effectué, comme l'a écrit par erreur Louis Figuier, du haut de la Tour de la Babote.

La vérité est la suivante :

La famille Lenormand originaire du pays chartrain en bordure de l'Orléanais, s'établit comme horloger-bijoutier à Montpellier en 1755. Sébastien, né le 25 mai 1757, manifeste dès son jeune âge un goût naturel pour les sciences et visite les principales villes d'Europe afin de compléter son instruction.

Revenu dans sa ville natale, il continua à s'intéresser aux sciences; sa culture et ses relations le facilitaient. Lenormand fit, dans la matinée du 26 décembre 1783, son premier essai de parachutage du haut d'un ormeau se trouvant dans une partie de l'enclos des Cordeliers (actuel square Planchon); l'expérience, plusieurs fois répétée en ce lieu, et d'ailleurs réussie, ne fut jamais réalisée à la Tour de la Babote.

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(Montpellier - L'Observatoire, ancien télégraphe)

Lenormand ne s'était pas contenté d'une expérience de parachutage de hasard, il avait étudié son appareil scientifiquement dans un mémoire ayant trait à la construction théorique d'un engin propre à soutenir le poids d'un homme. En relation avec un Lyonnais récemment arrivé à Montpellier l'abbé Bertholon, professeur de physique et de chimie, il lui confia son travail. Celui-ci, sans vergogne, se l'appropria; il fit même paraître divers mémoires sur l'aérostation, semblant se donner comme l'inventeur du parachute.

Pendant ce temps, Sébastien, s'étant fâché avec sa famille, s'établit à son compte comme horloger-bijoutier, aidé pécuniairement par des amis. Peu de jours après, il est victime d'un cambriolage et perd dans une nuit tout son bien et celui de ceux qui lui ont fait confiance. Exaspéré par la méchanceté de ses concitoyens et l'intransigeance de sa famille, il décide de se retirer du monde et le 10 juillet 1785 entre à la Chartreuse de Saix, près de Castres. Tourmenté pendant l’époque révolutionnaire, il quitte la chartreuse, se marie et devient instituteur à Mazamet. On comprend facilement que le parachute est loin de ses préoccupations et l'abbé Bertholon avec Lavoisier pouvait expérimenter tout ce qu'il voulait, en Avignon et s'en attribuer la gloire.

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(Montpellier - Place de l'observatoire et rue République)

Cependant vers cette époque il a connaissance d'un article de Prieur paru dans la Revue de la Chimie, tome 31 (1798) attribuant à Lavoisier l'invention du parachute; il proteste alors énergiquement et Prieur, à la lecture de son article ne pouvait que reconnaître son erreur, il le fit très loyalement dans un article paru aux Annales de la chimie, trente sixième tome.

Après cet exposé nous concluons, comme bien d'autres, que Sébastien Lenormand est sans conteste, l'inventeur du parachute. Espérons qu'un jour de justice, l'on rendra à Sébastien Lenormand l'hommage qui lui est dû.

22/02/2010

St-Thibery - Le pont romain

Extrait de Les voies dites domitiennes de l'Hérault à l'Orb, J. Coulouma, 1941

D'après de nombreux archéologues, le pont romain de Saint-Thibéry aurait été construit par Domitien Ahenobarbus vers l'année 634 de Rome (120 av. J. C.), au moment où il établit la grande voie qui portait son nom sur l'emplacement de la Voie Héradéenne. Le passage de l'Hérault à Cessero est mentionné dans l'itinéraire d'Antonin, les Vases Apollinaires, la Table Théodosienne, l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, documents qui sont de date différente, du II au V Siècle de notre ère. Au moyen-âge le pont sur l'Hérault est cité dans un "déguerpissement" ou abandon que fait en 990 le Vicomte de Béziers, Guillaume, en faveur de l'abbaye de Saint-Thibéry.

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(St Thibéry - Vue générale)

Dans les temps modernes, le pont romain a servi au passage des troupes jusqu'à sa destruction qui daterait, d'après la Géographie de l'Hérault, du début du XVIè siécle et, d'après les Fabre, de l'année 1683. Ces derniers auteurs indiquent que le passage des troupes a même continué par cette voie après cette date, la traversée de l'Hérault se faisant alors par des barques. En 1666 les états du Languedoc accordèrent à la communauté de Saint-Thibéry 1400 livres pour la réparation "du chemin royal qui passait sur le pont". En 1726, les consuls du pays, en se plaignant à l'intendant de l'état du chemin, indiquent que la communauté fournit huit hommes par bataillon "pour aider à passer les deux barques, depuis que le pont est rompu".

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(St Thibéry - Vue générale)

A l'époque romaine et au Moyen-Age, l'Hérault était réuni dans son lit de droite, sous le pont. Au cours de la très forte crue de 1683, l'Hérault s'est divisé en deux bras et il a formé ainsi l'île des Bènédiclins, à la hauteur du village de Saint-Thibéry.

La longueur du pont, écrivaient les Fabre, en 1877, est de 30 mètres pour les cinq arches qui sont encore debout. On aperçoit, ajoutaient les auteurs de "l'Hérault Historique", dans les terrains de l'île, ancien domaine des Bénédictins, une des piles, la dernière probablement, qui permet de fixer à neuf le nombre des ouvertures principales de l'ancien pont.

Depuis cette date l'inondation de 1907 a fait disparaitre la cinquième arche dont il subsiste seulement les vestiges de la pile. Dans l'île nous n'avons pas retrouvé la dernière pile dont parlent les Fabre; par contre, de nombreuses pierres provenant du pont sont disséminées sur le talus de la rive gauche, ou réemployées dans un mur légèrement en amont. La superstructure du pont a été enlevée; il ne reste aucune saillie, ni décorations, qui permettent d'en réconstituer l'état primitif.

08/02/2010

Villemagne l'argentière - Les mines d'argent

Extrait de Capimont, 1939, J.E. CANITROT

En 1164, Raymond Trencavel, vicomte de Béziers, et Ermengade, vicomtesse de Narbonne, signent une transaction sur les mines d'argent de leur domaine et frappent monnaie - sols de Béziers - comme les comtes de Melgueil (ou Mauguio) près de Montpellier - (sols melgoriens). Ils retiennent pour eux la moitié du produit des mines et laissent l'autre moitié aux propriétaires particuliers du sol. Ces mines de plomb argentifère - dont on voit encore sur les bords de la Mare, au Pradal, etc., les excavations - ont contribué à établir jadis la fortune de Villemagne et lui ont laissé le surnom d' « Argentière ».

 

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(Villemagne - une porte)

A-t-on jamais frappé monnaie à Villemagne ? Peut-être le vicomte de Béziers Raymond et son fils Roger Trencavel, et la comtesse de Narbonne, lorsqu'ils venaient y villégiaturer, usant du droit régalien de battre monnaie, y firent-ils frapper sols et médailles... Les abbés de Villemagne ne se prévalurent jamais de ce droit, et le fameux « Hôtel des Monnaies » n'est qu'un nom « dû à la déformation du passé dans l'imagination populaire », car on n'a jamais pu trouver jusqu'ici trace de monnaies et médailles frappées à Villemagne. « Cette grande maison romane, élevée sans doute à la fin du XIIe siècle, n'est qu'un immeuble divisé en quatre logements tous pareils, peut-être occupés d'ailleurs par les employés des mines » (de Dainville) ou servant de pied-à-terre aux fastueux Trencavel de Béziers, de même qu'un autre logis « d'une décoration plus précieuse encore » que l'on trouve dans la même rue de l' « Hôtel des Monnaies », était peut-être à l'usage d'Ermengarde de Narbonne (?).

 

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(Villemagne - Eglise et tour historique)

Villemagne « l'Argentière » était surtout riche en églises. Elle n'en comptait pas moins de six avant les guerres de religion. Trois se trouvaient dans l'enceinte du couvent, et les trois autres dans le village ou à ses portes. Villemagne n'a plus aujourd'hui qu'une église romane en ruines, jadis église paroissiale dédiée à Saint Grégoire et une autre église, celle de l'abbaye bénédictine, l'église paroissiale actuelle, dédiée d'abord au Saint Sauveur, puis à Saint Majan, patron de Villemagne.