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29/12/2008

Castelnau-le-Lez - Le trésor de Substantion

Si par hasard vous vous trouvez dans le secteur de Castelnau en cette nuit de réveillon, allez donc faire un tour au bord du Lez voir si le génie est toujours en train d'accomplir sa tâche séculaire. Si d'aventure vous le rencontrez, prenez garde de prendre vos précautions pour retrouver votre chemin.

Texte extrait de Tendre Atas de Maurice CHAUVET, 1952

La légende raconte que le roc surplombant le paisible Lez, près du village de Castelnau, non loin de Montpellier, s'entrouvre la nuit de la Saint-Sylvestre. La rivière s'arrête de couler, et un génie vêtu de blanc sort de la caverne et crie : « De la part du Grand Venant (Le Diable) qui veut de l'argent? ». Celui qui est assez courageux pour répondre: « Baillez m'en! » s'entend dire: « Entrez dedans! » Et dedans, une vive lumière éclaire des galeries innombrables, un véritable labyrinthe scintillant de cristaux de roches. Il y a des galeries de gros sous : « niquets, syzenas, prelingues, gros carolus et autres bagatelles », et ensuite on marche sur des « réaux, angelots et patagons », et enfin, au bout d'une lieue et après bien des détours, on tombe sur un amoncellement d'or, notamment sur « quatre cent quarante millions en doubles ducats d'Espagne, autant de rixda1es d'Allemagne et cinq cent cinquante millions de louis d'or. L'on sait aussi que l'intrépide qui ose pénétrer dans l'antre doit, au retour, retrouver son chemin dans ce dédale et en sortir avant que le dernier coup de minuit ne tinte au clocher de Castelnau-le-Lez sinon, à cet instant, le génie pousse un grand cri, les lumières s'éteignent et le roc se referme sur l'infortuné.

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(Castelnau - Place de la mairie)

Voici l’histoire du petit Janot, surnommé « Pitchot Manet » à cause de sa petite taille, pénétra dans le roc, emplit sa besace, berna le génie et fit la fortune de ses parents. Car elle était bien pauvre la famille d'Estève le marbrier de Naviteau. Si pauvre, qu'en cette fin d'année, elle ne pouvait payer la rente de la scierie à Monsieur de Carescausse et que, plus d'une fois, on dînait d'une « aïga boulida » et même parfois, de « cagaraoulettas » que la sœur de Pitchot Manet allait ramasser au cimetière Saint-Lazare. Les belles pierres de Tavel et de Lens, bien sciées et poncées, s'entassaient sous le hangar depuis que les gens, qui n'avaient plus de goût, dallaient leur cuisine de tomettes rouges et que les entrepreneurs faisaient leurs escaliers en ciment. Donc, ce 31 décembre, Pitchot Manet, sur le coup de onze heures du soir, se présenta seul devant le rocher.

Au premier tintement de l'horloge, le génie apparut et lança son appel dans la nuit froide. Pitchot Manet rassembla tout son courage, car il avait grand' peur, et, d'une voix mal assurée, répondit « Baillez m'en » puis il entra résolument par la faille du roc. Le génie était content d'avoir un client, mais il riait méchamment, tout en dedans, de la présomption du petit bonhomme qui n'avait, pour tout attirail, qu'un gros sac. Ce que le mauvais génie aurait dû remarquer, c'est que le vaillant Janot avait attaché à chacun de ses talons deux pattes de lapin, de manière à ce qu'elles traînassent par terre. Pitchot Manet avait beau aller vite, il lui fallut passer sur la monnaie de billon, puis sur celle d'argent, errer de-ci, de-là dans une série de tunnels, enjamber avec effroi quelques ossements d'infortunés prédécesseurs pour arriver, enfin, au bout d'une bonne demi-heure devant le trésor fabuleux.

Le génie ricanait et se frottait les mains avec une joie sardonique. En voici un pensait-il, qui était fait comme un rat. Il ne serait jamais de retour à la sortie avant minuit. Le nigaud n'avait même pas pris la précaution de semer quelques cailloux ou de faire des marques sur les parois pour se reconnaître; cailloux et marques que le vilain sire se chargeait d'ailleurs de faire disparaître. Pitchot Manet ne perdait pas de temps. De son sac, il avait sorti prestement son petit chien Perlou et empli de diamants les deux sacoches accrochées aux flancs de la bête. « Vite, maintenant au sac - c'était lourd. Faisons renifler à Perlou mes pattes de lapin, elles sont parfumées à la crotte de bique... minuit n'est pas loin... en route! »

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(Castelnau-le-Lez - Le moulin des Guilhems)

Guidé par le flair de l'animal qui suivait le chemin parcouru à l'aller, Pitchot Manet était encore loin de la sortie quand le génie l'oreille aux aguets, entendit tinter l'horloge du village. Ding-dong! un quart, ding-dong! la demie, ding-dong! trois-quarts... ding-dong... compta le génie machinalement... mais, stupeur, pas de quatrième quart précédant les douze coups, et pas de douze coups, bien sûr. « Pas possible, se dit-il, j'aurais diablement cru qu'il était plus tard ». Tout-à-coup, il entendit résonner des pas. C'était Pitchot Manet qui approchait. Allait-il sortir avant minuit? Les minutes passaient bien lentement. Enfin, le méchant génie poussa un rugissement de triomphe. Ding-dong! Ding-dong! Ding-dong! Ding-dong! cette fois les quatre quarts y étaient bien. Solennel et tragique sonna le premier coup de minuit... Et c'est à ce moment même que Pitchot Manet précédé de Perlou qui tirait sur sa corde comme s'il courait après un lièvre des garrigues passa, tel un bolide, devant le génie stupéfait en criant: « Au revoir, et à l'an que ben! »

Le roc roula avec un bruit horrible. Le génie s'arrachant des touffes de barbe, hurlait, comme un « nésci » : « Voyou, gueusas, chenapan, tu finiras à Aniane... ». A cent pas, Janot, trouva sa sœur Stéphanette qui l'attendait : « Enfin te voilà, tu m'as fait attraper l'onglée tellement il faisait froid sur le clocher de Castelnau... et cette grosse aiguille qui ne voulait rien entendre pour revenir en arrière... elle me tirait en l'air ! ». « Tais-toi, fit Pitchot Manet... J'ai ta dot dans mon sac... Tu épouseras le fils de Monsieur de Carescausse... ».

Et voilà comment Pitchot Manet et sa sœur Stéphanette trompèrent le mauvais génie et firent la fortune de leurs parents.

22/12/2008

Joyeux noel 2008

Bonne fêtes de Noël à tous les internautes.

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Un enfant sage est ici,
Il mérite récompense.
Il est endormi je pense
Sans bruit, descendons ceci.

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Petite mère avait raison
De dire que les enfants sages
Auraient des jouets à foison
Je veux l'être encor' davantage

08/12/2008

Magalas - Les orages du 25 juin 1844

Quand la nature se déchaîne sur une région, elle laisse un paysage de désolation. C'est parfois une quantité de pluie impressionnante, une autre fois, c'est un vent violent, une autre, c'est un orage de grêle... Les événements climatiques de cette nature sont fréquents dans la plaine de l'Hérault. Les vieux exemplaires de journaux sont là pour nous rappeler qu'ils peuvent être dangereux, tel celui qui s'est abattu sur les hauts cantons du bittérois en ce 25 juin 1844.

Extrait de l'Indicateur de Béziers, juin 1844

Un orage affreux est venu le 25 juin porter la misère et la désolation dans une grande partie de notre arrondissement. De mémoire d'homme, on n'avait éprouvé dans le pays un désastre pareil. Dans la journée du 21 juin, un vent de sud Ouest poussa les nuages vers la montagne, et on s’attendait généralement à une pluie abondante. Dans la nuit, le vent tourna au sud et vers la matinée du 25 il souffla du sud-ouest. Du côté de la Montagne-Noire les nuages étaient amoncelés, et il était à présumer que vers le milieu du jour l'intensité de la chaleur ne fit éclater un fort orage. Pour le malheur des contrées que l'ouragan a parcourues, cette triste prévision ne tarda pas à se réaliser.

Du côté des montagnes de Saint-Pons, l'horizon présentait une bande noire qui, vers une heure de l'après-midi, commença à être sillonnée par les éclairs. Le bruit sourd et lointain du tonnerre se faisait entendre par intervalles. Une demi-heure après, l'ouragan se forma, les nuages furent poussés avec violence vers l'est, et partout sur leur passage la grêle, la pluie et le vent ont causé des dégâts affreux. Du vallon d'Olargues l'orage a côtoyé les montagnes de Roquebrun; de là les pitons de ces montagnes ont refoulé les nuages vers Cessenon, Cazouls-lès-Beziers, Causses-et-Veyran, Coujan , Murviel et Saint-Geniez-le-Bas. Il a longé les territoires de Paihés, Puimisson et Puissalicon, a fondu sur Magalas, Pouzolles, Roujan, Abeilhan, Alignan, Caux et Montagnac; il a, dit-on, été se perdre du côté du Rhône.

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(Magalas - La croix de la Mission)

Une nuée noire et épaisse, accompagnée d'un bruit sourd et continu du tonnerre précédait le gros de l'orage. Pendant huit ou dix minutes une grêle sèche et épaisse, qui tombait d'autant plus vite que la masse excédait de beaucoup la résistance de l'air, a annoncé la tempête. En un clin d’œil toute la surface du sol a été recouverte par la grêle à la hauteur de 13 à 15 centimètres, et dans les endroits où elle a été poussée par la tourmente la grêle s'amoncelait jusqu'à la hauteur de près d'un mètre. Dans cet espace de temps la campagne a été complètement ravagée, toutes les récoltes détruites et totalement perdues. Les céréales hachées par la grêle ont été brisées et enlevées par l'ouragan. Il ne reste plus sur le sol des champs ensemencés en blé ni paille ni grain. La vigne dépouillée de sa verdure ne porte ni feuilles ni fruits. Les ceps sont écorcés. Les jeunes plantiers de deus ou trois feuilles sont entièrement perdus, il faudra les arracher. Les vignes jeunes pendant plusieurs années ne produiront que peu ou point de raisins. Les oliviers et tous les autres arbres à fruits, dépouillés de leurs feuilles et de leurs fruits ont été meurtris et brisés par l'orage. Les fourrages ont été également triturés et balayés par la tourmente; rien n'existe sur pied dans les prairies artificielles, tout est perdu.

Dans la campagne, les bestiaux qui ont été surpris par l’orage ont été tellement effrayés qu’ils courraient ça et là comme en furie; plusieurs ont reçu par l'effet de la grêle de fortes contusions. On a trouvé le soir même de l’orage des lapins, des pies, des perdreaux et autres volatiles entièrement morts sur la place par les coups de la grêle. L'orage a sévi pendant plus d'une heure et demie. La grêle était très-grosse, et par conséquent très meurtrière. Les dégâts de l’orage sont incalculables. A Saint-Géniez le Bas les ravages de l'ouragan ont été des plus meurtriers; on évalue à plus de cinq cent mille francs la perte de la récolte pendante. A Cazouls-les Beziers, le domaine de M. Crestou, et les terres de Savignac ont éprouvé de forts dommages.

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(Magalas - Postes et télégraphes, rue de la gare)

Le territoire de Magalas a aussi été très maltraité. Les arbres à fruits, et principalement les amandiers ont été dépouillés de leurs écorces, comme si à l'aide d'un couteau on avait raclé la tige des arbres. Dans ce village les détonations du tonnerre ont été si violentes et si réitérées que les vitres des maisons ont été brisées en grande partie. La chute de la grêle a été si forte que plusieurs toitures ont été endommagées. A Magalas la récolte en céréales, en vin, en olives et en amandes est tout à-fait perdue. On ne voit partout que des gens en pleine désolation, gémissant sur le désastre qui vient de les frapper. La métairie d'Arnaudy est totalement ravagée; il en est de même de la métairie de Saint-Pierre.

Le village de Puissalicon a moins souffert. On évalue cependant au quart la perte des récoltes en céréales, vin, olives et amandes. L'orage a moins sévi du côté de Puimisson. On a cependant éprouvé quelques sinistres dans cette localité

Le territoire de Roujan n'a été atteint qu'en partie, tout le côté du territoire faisant face à Neffiés n'a éprouvé que de faibles dommages. Mais la partie du côté de Mougères a été totalement atteinte par l'ouragan. Les dégâts de ce côté sont nombreux et incalculables

Alignan-du-vent, et Pouzolles surtout, ont éprouvé des pertes énormes. La même direction des nuages qui out ravagé Saint-Géniez-le-Bas et Magalas a causé à ces deux villages des sinistres affreux

Le village de Laurens et celui d’Autignac ont été épargnés comme par miracle. A droite et à gauche du domaine de Grézan, on a des calamités à déplorer et Grézan n’a nullement été atteint.

Le territoire de Faugères a beaucoup souffert dans la partie qui envisage Laurens. A chaque instant on nous apporte des nouvelles de plus en plus désastreuses. La désolation, la misère, la consternation règnent dans toutes les localités que l'ouragan a parcourues.

Les territoires qui ont été ravagés n'ont de véritable ressource que dans la perception de la récolte du vin, et les vignobles des localités frappées par l'orage sont dans un état désespéré.

Ce désastre inouï a semé l'alarme et la consternation dans toutes les communes frappées. Des milliers de familles ont été en moins d’un quart d’heure réduit à une désolante détresse.

Les pertes essuyées ne sont pas moindres de plusieurs millions de francs.

Il faut avoir été témoin de l'événement pour s'en rendre un compte exact; pour juger de la violence avec laquelle la grêle est tombée, il suffit de citer quelques faits.

Un homme des environs de Bédarieux, revenait de Béziers, monté sur une mule. Parvenu à une petite distance de Saint-Géniés-le-Bas l'orage l’a surpris; le vent et la grêle l'ont emporté et précipité contre des pierres, il n'a pu se relever, on l'a transporté à Faniez, son état est alarmant.

A Pouzolles, les cultivateurs également surpris par l'orage et dépourvus d'abri ont été réduits pour préserver leur tète des coups violents de la grêle, à croiser les bras sur le front. Leurs bras sont meurtris, gonflés et noircis comme s'ils eussent été frappés à coups de bâton.

La campagne offre dans ces communes le plus triste aspect ; il est déplorable de voir ces terres si fertiles déshéritées de tous leurs produits. Jamais malheur aussi grand n'avait atteint l'agriculture de nos contrées.

Hier, M. le sous-préfet a consacré la journée à visiter les territoires ravagés. La sollicitude éclairée de ce magistrat nous donne l'espoir que bientôt te gouvernement apitoyé sur le sort des populations désolées par ce désastre, répandra sur elles des secours prompts et efficaces.

Une souscription a été ouverte chez MM. les notaires de l'arrondissement de Beziers, par les soins de M. le sous-préfet F. Quintard.

Nous recevons aussi de l'arrondissement de Saint-Pons des nouvelles vraiment désastreuses sur les ravages occasionnés par le même orage. Les communes de Saint-Chinian, Ferrals, Rieussec, Boisset, Vélieux, Pardailhan et Riols, sent celles qui ont eu le plus à souffrir. Les blés et les récoltes de toute nature ont à peu près entièrement disparu, et les vignes ont été gravement endommagées par la grêle Dans l'espace de quelques minutes seulement, le sol a été couvert de 25 centimètres de grêle; le lendemain on en trouvait encore dans certains endroits, et les montagnes semblaient couvertes de neige. Ou a remarqué, nous assure-t-on, et en grande quantité, des grêlons de la grosseur d'un oeuf.