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10/05/2010

Montpellier - Assassinat du professeur DELPECH

Texte tiré de Vieilles rues de Montpellier, L.H. ESCURET, 1956

Dans l'après-midi du 29 octobre 1832, assis dans son cabriolet ayant près de lui son domestique, le professeur Jacques Mathieu DELPECH se rendait suivant sa coutume à sa clinique. Derrière la fenêtre de la maison MALET, située à cent pas environ de l'établissement, un nommé DEMPTOS de Bordeaux guettait son arrivée. Voyant venir la voiture, il saisit un fusil, descend rapidement l'escalier et se place sur la porte de la maison; DELPECH l'aperçoit, le reconnaît et fait signe de s'arrêter. Aussitôt part un coup de feu. DELPECH s'affaisse sans pousser un cri. Le meurtrier craignant de ne pas avoir atteint son but tire une seconde fois, mais c'est le domestique qui a reçu son maître dans ses bras, qui tombe, à son tour, mortellement frappé; le cheval s'effraie, part comme un trait et s'arrête machinalement devant la porte accoutumée, pendant que l'infortuné DELPECH, tombé du cabriolet, expirait sur la route.

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(Montpellier - Hôpital suburbain, statue de DELPECH)

L'assassin rentra alors rapidement dans sa chambre et se suicida d'un coup de pistolet. Atteint d'un varicocèle dont il souffrait, DEMPTOS s'était fait opérer par le professeur DELPECH et se montra très satisfait du résultat de l'opération. Il devait revenir à Montpellier, l'année suivante pour y commettre son crime. La veille on l'avait vu au théâtre en compagnie du professeur, avec lequel il avait eu, paraît-il, au cours de la soirée, une très vive altercation. A l'époque on pensa que le professeur DELPECH, consulté sur la convenance d'une union à laquelle Demptos aspirait, avait pu donner un avis défavorable; ce dernier aurait voulu obtenir une rétractation ou se venger et c'est cette funeste résolution qui l'emporta.

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(Montpellier - Entrée de l'Hôpital suburbain)

 

05/05/2010

Mons-la-trivale - Les gorges d'Héric

Extrait de Merveilles de la vallée du Caroux par Le solitaire du Caroux, 1887.

A l'extrémité de la montagne du Caroux, du côté du couchant, le regard du voyageur aperçoit une gorge noire, profonde surmontée de pyramides de pierres. C'est la gorge d'Héric à quelques centaines de mètres du Verdier.

Quand on pénètre pour la première fois dans cette gorge sauvage, on est saisi de stupeur à la vue des bouleversements de la nature, de ces énormes roches qui ont roulé dans la rivière. Dans cette solitude, les oreilles n'entendent que le bruit étourdissant des eaux de la rivière et les cris perçants des aigles et des éperviers qui planent dans les airs.

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(Gorges d'Héric - Gouffre des cerisiers avec sa cascade)

Pour dédommager le touriste de sa pénible excursion, la nature a fait sortir du sein de la rivière une source d'eau minérale ferrugineuse et gazeuse qui produit les meilleurs effets sur la santé. Cette eau bienfaisante opère beaucoup de guérisons parmi nos braves campagnards. Elle a les mêmes propriétés que l'eau de Vichy.

Nous engageons nos lecteurs d'aller faire un petit déjeuner à la source d'Héric. Cette eau leur procurera le meilleur de tous les assaisonnements, l'appétit, qui faisait trouver délicieux aux Spartiates leur fameux brouet noir.

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(Gorges d'Héric - Le chaos)

 

27/04/2010

Béziers - L'ingénieur Cordier et le problème de l'eau

Extrait de Pages d'histoire biterroise, Raymond ROS, 1941

Les fontaines élevées dans l'intérieur de la ville, celle de l'Hôtel de Ville surtout, autour desquelles se groupait une nombreuse population féminine, sujet de sollicitude pour la police et de joyeuse satyre pour les poètes locaux, ne coulaient pas toujours; alors au bruissement de l'onde et aux cris de la foule succédaient pendant des mois entiers l'isolement et le silence. Ces fâcheuses interruptions tenaient à la nature des eaux, des aqueducs et des conduites qu'elles avaient à parcourir. Les aqueducs creusés à la sape avaient de fréquents éboulements; les conduites en poterie s'engorgeaient ou se rompaient souvent.

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(Béziers - La mairie)

M. de Clapiés, ingénieur de la province de Languedoc, constata que la somme des eaux à leur source était de treize pouces, et que cependant il n'en coulait que près de deux pouces dans la ville; il dirigea tous les efforts sur la bonne construction et l'entretien des conduites et aqueducs. Mais ce moyen ne pouvait être qu'insuffisant; Béziers n'est point dominé par des fontaines naturelles; aucune source ne fournissait à ses fontaines qui ne recevaient d'autres eaux que celles qui, filtrant à travers les terres, devaient diminuer et parfois disparaissaient pendant le temps de sécheresse. Pour remédier à cet état de choses, on se mettait en quête de sources, on proposait d'ouvrir de nouveaux aqueducs, on réparait les ouvrages existants. Telle a été la voie suivie pendant un espace de près de six siècles...

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(Béziers - Le moulin Cordier)

Vers la fin du XVIIIe siècle, les progrès des sciences et des arts mécaniques suggérèrent l'idée de moyens plus capables d'assurer à la ville de Béziers un volume d'eau proportionné aux besoins de sa population. Un certain nombre d’ingénieur en hydraulique firent des propositions pour alimenter la ville en eau potable à l’aide d’une machine à vapeur. Tous ces projets furent rejetés comme imparfaits ou trop dispendieux. Enfin, grâce au zèle persévérant d'un maire, M. le comte de Neffiés, et à l'habileté d'un artiste, devenu ingénieur, né dans nos murs, M. Jean Marie Cordier (1785-1859), la population de Béziers vit avec des transports de joie lës eaux de l'Orb couler dans ses rues. Le 13 août 1826, entre la ville et Cordier intervint un traité par lequel celui-ci s'obligeait, pour 60.000 francs, de construire une machine à vapeur élevant 12 litres 1/3 d'eau pour chaque habitant à raison d'une population de 16.000 âmes; de donner deux ou trois fois plus en cas d'incendie et 1/3 en sus pendant les grandes chaleurs. Le 23 septembre 1827, l'eau de l'Orb coula pour la première fois dans nos rues. Cordier fut le héros de cette fête.

Depuis cette époque, nos vieilles fontaines ont toutes disparu.