Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

15/02/2010

Béziers - Le règlement des rues au 14ème siècle

Extrait de l'Hérault historique, 1876, Albert et Paul FABRE

Ce règlement découvert dans les archives de Béziers, est sur parchemin. Il mesure 30 centimètres de hauteur sur 16 centimètres de largeur. Il n'a ni date ni signature mais, par la forme de l'écriture, il peut être daté de la fin du XIVème siècle.

beziers-010.jpg
(Béziers - Eglise de la Madeleine)
  • Que toits à cochons, bancs de pierre ou de bois ne demeurent dans aucune rue droite.
  • Que tous les tas d'ordures qui sont dans les recoins obscurs ne demeurent dans aucune desdites rues et que personne n'y en fasse.
  • Que dans aucune des rues droites de Béziers aucun homme n'aille jeter ni amonceler fumier ni paille.
  • Que toutes bosses du sol desdites rues droites soient aplanies à l'aide d'enlèvement de terre, pour en égaliser le niveau.
  • Que nul ne fasse un dépôt d'ordures devant son habitation, à moins qu'il ne demeure dans une rue fermée ou en un ciel ouvert.
  • Qu'aucun homme n'égorge aucune bête, porc ni bœuf, ni mouton, ni bouc, dans une rue droite publique, tant qu'il ne sera pas dans la boucherie.
beziers-061.jpg
(Béziers - Les arènes)
  • Qu'aucun homme ne fasse fondre du suif cru dans la dite ville de Béziers.
  • Qu'aucun homme ne batte ni vanne blé en gerbes dans les rues droites.
  • Qu'aucun homme n'établisse des auvents, ne tienne des baquets, ni pots de plantes, en dehors des forjets, ni sur les fenêtres de Béziers.
  • Que tout entassement de pierres, de pièces de bois pouvant être une cause de péril ou de dommage soit détruit ou qu'on l'étançonne de façon qu'il ne soit ni cause ni possibilité de dommage.
  • Qu'aucun homme ni aucune femme n'établisse clôtures, ni creux à fumiers, ni des lairans (cuvier, comporte) ni ne fasse lessives, ni étendoirs sur les cossières dés remparts.
beziers-085.jpg
(Béziers - Place d'Espagne)

Ce règlement devait constituer une section détachée d'un arrêté général sur la police des rues de la ville, des rues des faubourgs et des chemins de la banlieue. Il devait être une sorte de manuel de l'édilité à l'usage d'un préposé spécial.

08/02/2010

Villemagne l'argentière - Les mines d'argent

Extrait de Capimont, 1939, J.E. CANITROT

En 1164, Raymond Trencavel, vicomte de Béziers, et Ermengade, vicomtesse de Narbonne, signent une transaction sur les mines d'argent de leur domaine et frappent monnaie - sols de Béziers - comme les comtes de Melgueil (ou Mauguio) près de Montpellier - (sols melgoriens). Ils retiennent pour eux la moitié du produit des mines et laissent l'autre moitié aux propriétaires particuliers du sol. Ces mines de plomb argentifère - dont on voit encore sur les bords de la Mare, au Pradal, etc., les excavations - ont contribué à établir jadis la fortune de Villemagne et lui ont laissé le surnom d' « Argentière ».

 

villemagne-001.jpg
(Villemagne - une porte)

A-t-on jamais frappé monnaie à Villemagne ? Peut-être le vicomte de Béziers Raymond et son fils Roger Trencavel, et la comtesse de Narbonne, lorsqu'ils venaient y villégiaturer, usant du droit régalien de battre monnaie, y firent-ils frapper sols et médailles... Les abbés de Villemagne ne se prévalurent jamais de ce droit, et le fameux « Hôtel des Monnaies » n'est qu'un nom « dû à la déformation du passé dans l'imagination populaire », car on n'a jamais pu trouver jusqu'ici trace de monnaies et médailles frappées à Villemagne. « Cette grande maison romane, élevée sans doute à la fin du XIIe siècle, n'est qu'un immeuble divisé en quatre logements tous pareils, peut-être occupés d'ailleurs par les employés des mines » (de Dainville) ou servant de pied-à-terre aux fastueux Trencavel de Béziers, de même qu'un autre logis « d'une décoration plus précieuse encore » que l'on trouve dans la même rue de l' « Hôtel des Monnaies », était peut-être à l'usage d'Ermengarde de Narbonne (?).

 

villemagne-003.jpg
(Villemagne - Eglise et tour historique)

Villemagne « l'Argentière » était surtout riche en églises. Elle n'en comptait pas moins de six avant les guerres de religion. Trois se trouvaient dans l'enceinte du couvent, et les trois autres dans le village ou à ses portes. Villemagne n'a plus aujourd'hui qu'une église romane en ruines, jadis église paroissiale dédiée à Saint Grégoire et une autre église, celle de l'abbaye bénédictine, l'église paroissiale actuelle, dédiée d'abord au Saint Sauveur, puis à Saint Majan, patron de Villemagne.

01/02/2010

Montpellier - Francese de Cezelli, une héroïne montpelliéraine au XVIème siècle

 

Extrait de Vieilles rues de Montpellier, Tome I, Louis ESCURET, 1956

Nous allons conter succinctement l'histoire de cette femme héroïque qui ressemble, sur bien des points, à une belle légende

Francèse de CÉZELLI! ... Ce nom pour beaucoup de Montpelliérains et même pour de nombreux touristes, est totalement inconnu; ils lisent rapidement, parfois même avec indifférence l'inscription gravée sur la plaque, en pierre de Tavel, encadrée des Armes de Montpellier et de Leucate qui rappelle les hauts faits de Francèse:

« Ici vécut Francèse de CEZELLI, nommée en 1590 gouverneur pour le Roi, de la place de Leucate, qu'elle avait héroïquement défendue et gardée refusant de la rendre en échange de la vie de son mari prisonnier »

En 1934, un comité dit de « Francèse de CÉZELLI » se créa. Le but du comité était de conserver le souvenir de Francèse par l'apposition d'une plaque sur la façade de la maison où elle était née. La demande de subvention formulée au Conseil municipal devait être bien accueillie puisque celui-ci, à l'unanimité, vota une somme de trois cent francs, s'associant ainsi par ce geste à cette commémoration; de nombreuses personnalités souscrivirent également, afin de couvrir la totalité des frais engagés. L'inauguration de cette plaque eut lieu le dimanche 27 mai 1934.

 

montpellier-145.jpg
(Montpellier - L'aqueduc)

En 1560, dans un immeuble portant le n°4 de la rue du Petit Scel et appartenant au noble Jean de CÉZELLI, président de la Chambre des Comptes de la ville, naquit Françoise appelée familièrement Francèse. Cette même année Montpellier était en proie à de grands troubles religieux; ces désordres se multipliant M. de CÉZELLI se retira avec sa fille dans sa propriété d'Ouveillan. C'est à Ouveillan, le 4 avril 1577, que fut célébré son mariage avec Jean de BOURSIEZ, seigneur de Pantnaut de Barri. A l'occasion de cette union l'oncle de ce dernier, se démit, en sa faveur, du gouvernement de la place de Leucate située sur les frontières du Roussillon.

La forteresse de Leucate, fortifiée par François 1er en 1523, était, au moment des guerres de religion, une véritable citadelle bâtie sur la colline qui lui a donné son nom, elle dominait les graus de La Franqui et de La Nouvelle. Lorsque Jean de BARRI partit, le 22 juillet 1589, pour avertir le duc de Montmorency du débarquement, dans le port de La Franqui, de cinq mille lansquenets espagnols et tudesques et recevoir ses ordres, il tomba entre les mains des Ligueurs et des Espagnols qui l'amenèrent à Narbonne. Il put néanmoins faire savoir à sa femme qu'il était prisonnier et que Leucate devait être défendue coûte que coûte. Elle prit alors le commandement et la défense de la forteresse. Essayant de négocier la rançon de ce cher prisonnier en offrant tous ses biens pour le racheter, « tout hormis l'honneur », les Ligueurs refusèrent en lui disant : « Rendez la Place et votre mari vous sera rendu »! Elle eut le sublime courage de refuser à son tour cette offre déshonorante; outrés, ses ennemis, de dépit, étranglèrent Jean de BARRI dans son cachot. Après le siège de Leucate, Henri IV, en reconnaissance lui laissa le gouvernement effectif de la place, fonction qu'elle exerça pendant vingt-sept ans.

 

montpellier-109.jpg
(Montpellier - Entrée du Peyrou, côté droit)

Dès 1896, Montpellier avait eu la pieuse pensée d'élever un monument à cette héroïne. Sous l'impulsion du Comité du Félibrige latin, le 15 février 1896, une demande fut adressée à l'administration municipale en vue d'obtenir un emplacement au Peyrou : Cette lettre disait entre autre : « Il convient que la statue de la « Jeanne d'Arc Languedocienne » soit placée face à la ville où elle est née, qu'elle ait à sa droite les vestiges de l'ancien port de Maguelone où elle s'embarqua pour aller défendre la ville fortifiée de Leucate, qu'elle ait à sa gauche la statue équestre de Louis XIV ». Hélas, ce beau projet ne devait jamais se réaliser, seules la plaque commémorative de la rue du Petit Scel et, près du faubourg Boutonnet, une modeste rue appelée longtemps, par erreur, Constance de CÉZELLI, rappellent le souvenir de la vaillante montpelliéraine : Francèse de CÉZELLI.