Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

25/01/2010

Paris - Les inondations de janvier et février 1910

Excursion exceptionnelle en région parisienne pour commémorer les cent ans d'une inondation spectaculaire de la capitale. La Seine atteint un niveau jamais observé. Les multiples barrages érigés dans les rues ne serviront à rien car l'eau remonte par les canalisations, par le sol, et soulèvent les pavés, les souterrains s'effondrent. Autre conséquence, les ordures ne peuvent plus être emportées, alors elles sont jetées par dessus les ponts. L'activité économique est réduite au strict minimum.

Inquiets par de tels événements relatés par la presse, les gens du Midi réclament des nouvelles à leurs cousins partis pour la Capitale. Ces 6 cartes postales ont été envoyées le 10 février 1910 à une famille de l'Hérault.

paris-033.jpg
(La crue de la Seine, Janvier 1910 - Le port St Nicolas)

Paris, 10 février 1910
Chère cousin,
Le pont qui est sur la carte est celui que nous avons traversé en allant au Musée du Louvre. Au milieu et un peu à gauche, tu reconnaîtras les dômes du Grand et du Petit Palais.

paris-028.jpg
(La crue de la Seine, Janvier 1910 - Le pont de la Concorde)

paris-032.jpg
(La crue de la Seine, Janvier 1910 - Le pont et viaduc d'Auteuil, légende erronée: radeau Quai de Billy)

Les parisiens se débarrassent des ordures ménagères en les jettant dans la seine, par dessus les parapets des ponts.

paris-029.jpg
(Paris-Venise, inondations 1910 - Vue d'ensemble sur la place Lachambeaudie)

Amusements dans les rues de la Capitale. On fait contre mauvaise fortune, bon coeur.

paris-030.jpg
(Inondations de Janvier-Février 1910 - Rue de Charonne)

Paris, 10 février 1910
Chère cousine,
Merci beaucoup pour ta gentille lettre. Nous n'avons pas souffert de l'inondation. Je t'écrirai un de ces jours pour te donner quelques détails.
Amitiés à vous tous.

paris-031.jpg
(Inondations de Janvier-Février 1910 - Rue traversière)

Ce que l'on aperçoit sur le sol, ce sont les pavés soulevés par l'eau de la nappe qui remonte. Au fond, un homme monte une passerelle pour permettre aux riverans de circuler sans se mouiller.

 

 

18/01/2010

Sète - La trombe du 24 octobre 1844

Extrait de De la Tour Magne à Saint-Nazaire, 1942, THOMAS et SEGUI

Depuis le matin, le temps était sombre. Vers midi, un gros orage avait éclaté, pluie et grêle. Le ciel restait menaçant.

Brusquement, le baromètre baissa d'inquiétante façon, marquant 733. Sur la mer, là-bas, des nuages noirs s'amoncelaient. Ils s'abaissèrent et prirent la forme d'un cône renversé dont la pointe arrondie touchait les flots démontés. Soudain, cet amas de vapeurs sillonnées d'éclairs se dirigea, avec une effroyable rapidité, vers la montagne de Sète. Il était 4 heures 25. Tandis que les grondements du tonnerre couvraient la ville, la trombe passa sur le môle, souleva plusieurs des énormes blocs de roche qui le protègent et s'abattit sur le fort Saint-Pierre et les constructions voisines. Un bruit épouvantable, semblable à l'explosion d'une poudrière, se fit entendre. C'était la foudre qui frappait le pavillon du génie. La toiture, recouverte de plaques de zinc, fut déchirée et enlevée. Les murs du bâtiment s'écroulèrent. Deux maisons à côté eurent le même sort.

 

sete-034.jpg
(Cette - Station balnéaire, le fort saint-Pierre)

En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, la trombe avait gagné le chenal, aspirant les eaux qui se soulevaient en colonne, brisant les mâts, emportant les voiles, jetant les navires les uns contre les autres, et les coulant. Jamais marin sétois n'avait vu en mer pareille tempête. Douze bateaux de cabotage ou de pêche, en quelques minutes, gisaient au fond du port ou du canal. Plusieurs avaient à bord, hélas! une partie de l'équipage.

Cheminées, contrevents, balcons, balustrades des terrasses, arbres de la place de la Mairie, enlevés avec une force incalculable, allèrent s'abattre vers l'ouest, un peu partout, dans la campagne ou sur l'étang. Au milieu d'un tourbillon de vase et de boue, les objets les plus hétéroclites passaient dans l'air. La folle sarabande des tuiles et des briques s'acheva sur Bouzigues et une plaque de zinc d'un mètre carré vint s'échouer dans la garrigue de Cournonterral. Les gens qui se risquèrent à mettre le nez dehors virent des choses fort curieuses. La moins banale n'était pas la valse vertigineuse de la guérite des casernes pirouettant dans les rues comme une poupée mécanique!

sete-036.jpg
(Cette - Station balnéaire, la corniche, un coup de mer)

L'ébranlement fut tel que bien des murs se lézardèrent et qu'à l'intérieur des demeures s'écroulèrent cloisons et planchers. Dans une maison ravagée par la tornade, un lit fut transporté d'un second étage au troisième! L'ouragan déchaîné saccageait la ville au milieu d'une épaisse obscurité et d'un bruit assourdissant que les témoins comparèrent tous à celui de centaines de charrettes chargées de ferrailles roulant sur un méchant pavé. Naturellement, les décharges électriques accompagnaient le météore et leurs bizarres effets frappèrent comme toujours les imaginations: tuyaux de fer blanc perforés comme à l'emporte-pièce, deux carreau~ de vitre de l'hôtel du Grand-Galion percés l'un d'un trou ovale, l'autre d'un trou rond fort réguliers... Et chacun de constater que les objets en fer devenaient brûlants et qu'une forte odeur de soufre imprégnait l'air.

Le curé de Saint-Joseph, M. Cros, du haut du clocher en construction, regardait la mer en furie. On vit la trombe se former et se précipiter sur la ville. Epouvanté, il se réfugia en hâte sous les combles de l'église. Bien lui en prit! Il y était à peine que le clocher s'écroulait devant lui... Telles étalent les scènes terrifiantes ou pittoresques qui se déroulaient à Sète l'après-midi du 24 octobre 1844.

 

11/01/2010

Meze - Le Boeuf et le Chevalet


Extrait des Publications sur l'Histoire des Communes de l'Hérault, Albert FABRE, vers 1875

L'histoire du bœuf de Mèze dit qu'un habitant des Mourgues, quartier autrefois isolé de toute habitation, possédait un bœuf pour la culture de son terrain, et que cet animal étant mort, on conserva sa peau comme une relique qui fut étendue sur un mannequin en bois et soigneusement conservée dans la famille. Lorsque la peau primitive fut usée, on construisit un bœuf colossal que l'on recouvrit d'une toile simulant la tête avec les cornes, sous laquelle se logèrent les hommes chargés de porter cette carcasse.

 

Numériser0007.jpg
(Mèze - Fête locale, la danse du Chevalet)

Le bœuf est manœuvré par huit hommes, quatre de chaque côté; il est formé par une grande toile brune qui descend jusqu'à terre et cache les porteurs. Un homme est chargé de faire mouvoir la tête et les mâchoires, au moyen d'une gaule, et un autre, tenant entre ses mains un baril recouvert d'une peau d'âne tendue, traversée au milieu par une corde goudronnée, imite, en faisant glisser cette corde entre l'index et le pouce un mugissement assez pareil à ceux des bœufs. Au dehors un conducteur ou cornac, armé d'un long aiguillon, commande les évolutions à faire.

Numériser0010.jpg
(Mèze - Fête locale, le Boeuf, le comité en tournée de quête)

A un moment donné, sur un signal du conducteur, le bœuf se met à courir, et gare à qui se trouve sur son passage! Il est impitoyablement renversé, au grand contentement des spectateurs. Le bœuf est de toutes les fêtes publiques, comme il était autrefois des fêtes religieuses.