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05/04/2010

Pâques 2010


Extrait de Tendre Atlas, 1952, Maurice CHAUVET

Damien Di Crescenti est un petit homme brun, au corps musclé, au teint hâlé, aux yeux gris bleus. Il y a cent cinquante ans que les premiers Di Crescenti sont arrivés à Sète, vers 1800, venant de Gaëte qui est une ville où, sur une colonne, sont inscrits en grec et en latin les douze vents majeurs, au milieu des plus beaux citronniers d'Italie. Déjà les avaient précédés ceux des petits ports ligures, d'entre Gênes et Savone. Ainsi, depuis cent cinquante ans, les Di Crescenti sont devenus des pêcheurs languedociens et des marins français.

 

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Alors, vous pensez bien que la mer n'est pas pour lui l'uniforme étendue liquide que vous imaginez. C'est un monde, et sa géographie lui est plus familière que celle du Languedoc dont il ne connaît, en somme, que la ligne lointaine des montagnes violettes, la côte basse du golfe, le volcan d'Agde et le promontoire de Saint-Clair. Mais sur mer, il sait bien où il se trouve, allez, et sans carte, compas ou sextant. Il sait où gisent les épaves qui sont de merveilleux repères : « le bâtiment », le « trémats », « le bougas », « la locomotive » (car vous ne vous doutiez pas qu'il y a, par six brasses de fond, sur un banc de sable, une locomotive qui glissa du pont d'un cargo). Damien et ses compagnons savent quand ils sont sur le « trou », « le gouf » ou quand ils naviguent en « planasse ». Avec le filin de la sonde et les « enseignes », c'est suffisant pour naviguer. « Huit brasses et la cloche de Maguelone dans l'axe du Pic Saint-Loup, nous sommes sur la planasse des Aresquiers...

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De ces longues journées de pêche, Damien en parle dans son langage pittoresque, glissant dans ses propos quelques-uns de ces savoureux dictons qui sont comme l'écume de l'esprit sétois.

  • De son beau-frère qui est mareyeur, il dit: « Es afourtunat coumo oun Portugalès» « Il est riche comme un Portugais ».
  • D'un homme politique qui fait du volume : « Es un estancieur qu'a mai des patas qu'un pouffre» « C'est un estancieur (mot intraduisible) qui a plus de pattes qu'un poulpe»;
  • Quelque chose qui n'est pas clair est pour lui « oscur couma Brescou » « obscur comme Brescou » - un fort du Cap d'Agde qui servit de prison d'État.
  • Sa plus grande injure est d'appeler quelqu'un « Calabrais »
  • Et quand il parle des Montpelliérains qu'il ne voit jamais que sous les dehors d'avocats ou de médecins, il a coutume de dire : « Gens de Mount-Pélié, dona nobis domine » ce qui se passe de traduction et ajoute t’il: « Ceux-là, ils s'y entendent per faïre raca el douro» expressive locution méditerranéenne que les gens du Nord traduisent par « cracher au bassinet ».

Nul ne contestera, au vu de ces quelques exemples, l'esprit d'observation caustique de notre pêcheur. Damien Di Crescenti n'est peut-être pas un profond philosophe, c'est sûrement un sage.

07:14 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : carte, postale, pâques

29/03/2010

Caux - Notre Dame de Mougères

Extrait de Le pélerinage de ND de Pitié de Mougères, 1883, C. Douais

En 1789, quand la Révolution éclata, la maison de Mougères se trouvait assez réduite. Les supérieurs, s'inspirant des nécessités de l'Ordre, n'y avaient maintenu que quelques Pères infirmes. Le plus valide était le vénérable Père Coste, originaire de Caux, qui avait la charge de supérieur et 79 ans. Les événements politiques se précipitaient, avec la rapidité que l'on sait. Le district de Pézenas délégua à Mougères quelques bons citoyens, pour dresser l'inventaire des biens de la chapelle et du vicariat. Des lots furent formés, et alors la vente des biens de Mougères put se faire. Probablement plusieurs opérations eurent lieu. Nous en trouvons une première à la date du 18 janvier 1791. Ce jour-là, à Béziers, par-devant notaire, fut faite, « aux clauses et conditions portées par les décrets de l'Assemblée nationale », la vente de la plupart des biens de Notre-dame de Mougères, appartenant aux Dominicains de cette ville, pour la somme de quarante-quatre mille livres. C'est peut-être ce jour-là qu'une dame pieuse, du nom de Maury, de Pézenas, acheta la chapelle et le logis pour les soustraire à toute profanation. Il parait que la chapelle n'avait pas souffert des dégradations considérables, lors de l'enlèvement du mobilier. La chapelle fut fermée. En moins de deux ans, l'œuvre de cinq siècles et de quinze générations avait été détruite.

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(Caux - Chartreuse de Mougères, chapelle du pélerinage)

Les voisins, les amis des religieux, les pèlerins de Notre-Dame de Pitié, et bien d'autres qui, jusque-là, avaient peu pratiqué la dévotion, mais qui étaient révoltés par l'insulte faite à la liberté et à la foi, en éprouvèrent une peine profonde. A force de démarches, on obtint que la chapelle pût être ouverte provisoirement et la messe célébrée tous les jours. C'est vers le mois d'août 1791 que ce répit fut accordé. La dame Maury maintint le Père Coste au logis du vicariat devenu sa propriété; et l'on put, pendant une année environ, à travers mille difficultés honorer Notre-Dame de Pitié. Un fermier, homme de foi et d'énergie, y demeura et se constitua gardien et défenseur du Père Coste et de la chapelle. C'est à cet homme résolu que l'on doit la conservation de la statue ancienne de Notre-Dame de Pitié.

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(Caux - Vue générale)

Un beau matin, une bande de gens armés se présente, enfonce la porte de la chapelle, et pénètre à l'intérieur. Un de ces misérables est déjà sur l'autel, essayant avec une hache de briser la statue de la sainte Vierge. Mais le fermier est accouru en toute hâte. Il s'indigne du dessein impie; il saisit un fusil déposé par terre, et couchant en joue le malheureux, lui crie : « Descends vite ou je te brûle la cervelle. » Et il sauve la statue.

22/03/2010

Montpellier - Fermeture des portes la nuit

Extrait de Nouveau recueil des usages locaux, 1936, Préfecture de l'Hérault

Arrêté de M. le Maire de Montpellier du 24 octobre 1850, modifié par un arrêté du 3 septembre 1873 approuvé par M. le Préfet de l'Hérault, le 5 septembre 1873.

Le Maire de Montpellier,

Considérant qu'il résulte des rapports de la police qu'un grand nombre de propriétaires ou habitants ont dans l'habitude de laisser ouvertes, durant toute la nuit, les portes d'entrée de leurs maisons;

 

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(Montpellier - Place de la Comédie)

Que cette habitude est dangereuse pour la sécurité publique, puisqu'elle donne un refuge aux malfaiteurs qui, par ce moyen, peuvent facilement se soustraire aux perquisitions de la police; qu'elle expose ainsi les propriétaires et les locataires eux-mêmes et leurs propriétés aux dangers les plus graves;

Qu'il est donc dans l'intérêt des propriétaires et locataires eux-mêmes aussi bien que dans l'intérêt de la sûreté générale des citoyens de prescrire des mesures propres à faire cesser ces inconvénients;

 

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(Montpellier - la Préfecture)

Arrête :

  • Article premier. - Les propriétaires ou locataires des maisons situées dans la ville ou dans les faubourgs sont tenus de fermer à clef les portes d'entrée de leurs maisons, donnant sur les rues avant 10 heures du soir.
  • Art. 2. - Les contrevenants aux dispositions de l'article précédent seront poursuivis devant le tribunal de simple police et punis conformément à l'article 471 du Code pénal d'une amende de 1 à 5 fr. En cas de récidive, la peine d'emprisonnement pendant trois jours au plus sera prononcée contre les contrevenants, conformément à l'article 474 du même Code.
  • Art. 3. - Les portes qui seront trouvées ouvertes après 10 heures du soir seront fermées par les agents de nuit.
  • Art. 4. - Lorsqu'une maison sera habitée à la fois et par le propriétaire et par un ou plusieurs locataires, les poursuites seront dirigées contre le propriétaire et si la maison n'est habitée que par des locataires, elles seront dirigées collectivement contre tous ces locataires qui seront solidairement passibles des condamnations prononcées.
  • Art. 5. - MM. les Commissaires de Police sont chargés de l'exécution du présent arrêté.