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31/08/2009

Pezenas - Emeutes de décembre 1851

Le 2 décembre 1851, Louis Napoleon Bonaparte dirige un coup d'état sur la France. Conséquence de cet acte, les républicains se rebellent et de nombreuses émeutes se produisent dans les villes. Dans notre département, on connait celles de Bédarieux qui ont débouché sur la mort de 6 gendarmes. Mais Béziers et Pézenas furent également le théâtre de manifestations très rapidement réprimées, comme toutes les autres. Au terme de ce coup d'état, Napoléon III sera sacré Empereur des Français, 1 an après jour pour jour, le 2 décembre 1852.

Pézenas, 13 décembre 1851, extrait d'un article de journal

Le déploiement des forces militaires dont Pézenas est le centre et les nombreuses arrestations qui s'y opèrent chaque jour ont fait renaître le calme et la paix dont notre ville avait un si grand besoin. Voici touchant l'émeute du 4 décembre, de nouveaux détails, qui tout d'abord n'étaient point parvenus à notre connaissance, et que nous avons pu recueillir depuis lors, en prêtant l'oreille aux échos de la rumeur publique.

Les affiliés des sociétés secrètes, organisées depuis longtemps dans notre arrondissement avaient été convoqués par leurs chefs, le 3 décembre au soir; des émissaires à cheval avaient, pendant la nuit, sillonné les campagnes et donné l'éveil aux populations des villages, en les appelant au rendez-vous général du lendemain, dans les principaux centres, tels que Béziers, Pézenas et Bédarieux.

Cet appel aux armes ne fut que trop bien entendu à l'heure dite, de presque tous les points de l'arrondissement, des colonnes d'émeutiers s'ébranlaient et se mettaient en marche vers la ville la plus voisine, se recrutant sur la route de ce qu'elles rencontraient de travailleurs, qu'elles forçaient impérieusement à les suivre à la curée.

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(Montblanc - Place de la républiqe)

A Montblanc, il ne resta pas cinquante hommes au village ; tout le reste de la population était parti en armes, soit de gré, soit de force, et s'était acheminé vers Béziers. Il est vrai de dire que le bruit de la fusillade que leur apportait le vent d'Est ne tarda pas à ralentir leur marche, et qu'après avoir délibéré quelques instants, ils jugèrent prudent de regagner leurs pénates.

A Alignan, les émeutiers furent bientôt sur pied ; mais leur départ trouva quelques obstacles dans les efforts obstinés de quelques pères de famille réclamant leurs enfants, dont la plupart, âgés de quinze ans à peine, avaient été enrôlés sous la bannière du communisme, et les arrachant violemment des rangs des insurgés. Ces luttes inespérées retardèrent infiniment leur arrivée à la ville, car ils ne s'y présentèrent qu'à une heure avancée de la soirée, et quand leurs frères et amis avaient déjà repris le chemin de leurs villages.

A Caux, les travailleurs, qui dès le matin avaient abandonné les champs, s'armaient et s'excitaient à l'envi, attendant qu'un des émissaires de la ville vint les avertir de se mettre en campagne.

A Saint-Thibéry, injonction avait été faite au point du jour aux cultivateurs de quitter au logis pioches et instruments de labour, et de se rendre en armes à Nézignan-l'Evéque, pour y prendre les travailleurs avant leur départ pour la campagne, et s'acheminer de là vers la ville où il leur avait été donné rendez-vous.

Mêmes préparatifs à Castelnau de-Guers, où près de quarante individus, tous armés comme des miquelets, prirent, quand le moment fut venu, le chemin de Pézenas, et vinrent grossir l'armée de l'émeute. On assure qu'au moment du départ, un d'entre eux, que sa mère toute en larmes voulait retenir au logis, lui aurait dit en se jetant dans ses bras : « Embrassez-moi : c'est peut-être pour la dernière fois; mais je ne puis, sans courir le risque d'être fusillé, me dispenser de partir; j'en ai fait le serment, et, quoi qu'il arrive, je dois y rester fidèle."

 

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(Pezenas - Tribunal de ccommerce)

Quand ces bandes diverses eurent atteint le point convenu du ralliement, à dix minutes de l'entrée de la ville, une certaine hésitation, à laquelle ne fut point étrangère sans doute la nouvelle qu'on venait de recevoir du fâcheux résultat de l'insurrection à Béziers, se déclara au milieu d'elles; mais quelques paroles des meneurs en eurent bientôt relevé le moral, et l'attaque fut décidée. Un villageois entre autres, à qui son âge avancé assurait une certaine prépondérance, adressa, dit-on, aux factieux une sorte de harangue qui leva tous les scrupules " Enfants, leur aurait-il dit en terminant, ne parlez pas de revenir une autre fois; il ne faut jamais renvoyer au lendemain ce que l'on peut faire la veille."

Il paraît qu'à Pézenas, en cas de succès, et si la ville fût restée sourde à l'appel des factieux, l'émeute se fût portée sur les magasins des négociants ; les pièces de 3/6 qui auraient pu s'y trouver auraient servi à l'embrasement des quatre coins de la cité, et, à la faveur du trouble et de l'horreur de l'incendie, les insurgés avides de meurtre et de pillage auraient envahi les maisons, égorgé ceux qui leur auraient opposé quelque résistance, assouvi les vengeances particulières, et mis ainsi la ville à feu et à sang.

On jugera des sinistres projets des émeutiers par le lâche assassinat que commirent quelques-uns des leurs, presque aux portes de la mairie, sur la personne de M. Joseph Billière. Cet honnête citoyen accourait, au premier appel du maire, apporter à la municipalité sa part de courage et de dévouement, quand il fut tout à coup entouré de factieux qui lui enlevèrent de force l'arme dont il était porteur, le frappèrent de cinq coups de poignard et le jetèrent à terre baigné dans son sang. Mmes Calmet et Cazilhac, vitrier, dont le frère et le mari étaient dans les rangs des hommes d'ordre, purent seules arracher M. Billière à la fureur des assassins.

 

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(L'artillerie à Castres - Montée d'un canon à bras)

L'arrivée subite et inespérée d'une batterie d'artillerie, qui se rendait à Perpignan et que les exigences de la situation firent arrêter dans nos murs, calma comme par enchantement l'ardeur belliqueuse de nos démagogues, dont la plupart se hâtèrent même de prendre la clef des champs et s'enfuirent dans toutes les directions.

Telle fut à Pézenas la fin d'une insurrection dont les sanguinaires apprêts ne trouvent de ressemblance que dans les préliminaires des jacqueries du moyen âge ; ainsi fut étouffé à sa naissance un soulèvement dont le succès eût fait au sein de notre population d'innombrables victimes.

Le nombre des arrestations effectuées par l'autorité militaire, à la suite de l'insurrection du 4 décembre, s'élève, jusqu'à ce jour, à 59. Dans ce chiffre sont comprises trois femmes, dont deux, vu leur mauvais état de santé, ont été déposées à l'hospice.

Aujourd'hui, trois détachements se sont portés à Servian, à Montblanc, à Florensac. Avant le jour ces villages ont été cernés et des arrestations ont été faites. Nous ne connaissons que le résultat de Montblanc, qui a été la capture de 37 habitants des plus compromis. Dans le nombre, on a remarqué des pères de famille dans l'aisance. L'autorité trouve partout soumission complète ; ce ne sont que regrets, que désolation, qu'abattement complet.

11/05/2009

Montpellier-Pézenas - L'exécution de Pommarèdes


Extrait du Courrier du Midi Montpellier, 21 février 1843

Il y a eu samedi dernier un an que celui qui avait jeté l'épouvante parmi les populations des arrondissements de Béziers et de Lodève, l'auteur de l'assassinat de Cauvy et de Carratier, commit son dernier crime en arrêtant le sieur Gelly, de Gabian, et le sieur Boulerais, dit Cambajou, et tomba enfin sous la main de la justice.

Par l'effet de retards successifs, qui ont eu quelque chose de, providentiel, l'anniversaire de ce jour a été aussi celui de l'expiation, Jean Pommarèdes, dit Carcassonne, natif de Caux, condamné à la peine capitale par arrêt de la cour d'assises de l'Hérault, du 7 décembre dernier, et dont le pourvoi en cassation était rejeté depuis le 5 janvier, est parti samedi 18 février à cinq heures du matin, de Montpellier, pour être conduit au supplice.

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(Montpellier - Le palais de Justice)

A quatre heures et demie, MM. les administrateurs des prisons accompagnés de M. l'aumônier, out rendu visite au patient pour lui annoncer que l'heure fatale allait sonner. Un tremblement convulsif a saisi le malheureux à cette nouvelle inopinée; des larmes ont mouillé ses paupières; mais, se remettant presque aussitôt, ses premières paroles ont eu pour but de demander à se confesser. On lui a répondu qu'il le ferait à Pézenas, et il a été conduit à la messe qu'allait célébrer pour lui le digne aumônier.

Cinq heures sonnaient lorsque le condamné est monté dans une voiture de louage ouverte, une sorte de char-à-banc, où M. l'abbé Cellier, le maréchal de- logis de la gendarmerie et un gendarme ont pris place auprès de lui, et la voiture, escortée par d'autres gendarmes à cheval, s'est dirigée vers la route de Pézenas, en passant par la porte du Peyrou, la rue de la Merci et le cours des casernes.

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(Montpellier - Le palais de Justice)

Malgré l'heure matinale et la profonde obscurité de la nuit, un nombre immense de curieux encombraient les abords du palais de justice, les boulevards et sous les parcours jusqu'au-delà du pont à bascule. Chose bien affligeante à dire, cette foule avide a manifesté des sentiments indignes d'une nation civilisée. Une horde de barbares a couvert de huées et d'outrages le malheureux condamné qui, malgré ses crimes, aurait dû, en ce moment suprême, exciter une profonde pitié; des femmes, de jeunes filles poussaient des vociférations de cannibales contre un homme que l'on conduisait au dernier supplice ! Dans leur honteux acharnement, on les entendait se dire que la justice était trop douce pour un aussi grand criminel; ils auraient voulu jouir du spectacle de sa torture !!!

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(Montpellier - Le Palais de Justice et l'Arc de Triomphe)

Le fatal convoi est arrivé à Pézenas à dix heures, au milieu de l'immense concours des populations voisines que ce triste spectacle avait attirées. Pendant ce lugubre voyage, le condamné a reçu les secours de la religion avec une expression de repentir et des sentiments de résignation qui ne se sont pas démentis jusqu'au dernier moment. A onze heures et demie, il a été conduit sur un chariot découvert à la place St-Jean, désignée pour l'exécution, ayant toujours à son côté le digne ecclésiastique qui soutenait son courage, lui montrait l'image du Christ, et récitait avec lui les prières des agonisants. Le repentir de ce malheureux était tel, qu'il manifestait à chaque instant le regret que le supplice ne fût pas accompagné de souffrances plus en rapport avec l'énormité de ses crimes. Le prêtre est monté avec lui sur l'échafaud, et lorsqu'on a vu l'homme de la religion recevoir dans ses bras le pêcheur repentant, que la justice humaine avait flétri et que son glaive allait frapper, la multitude, vivement impressionnée, n'a pu contenir l'expression des sentiments dont celte scène sublime l'a pénétrée. A peine M. Cellier était descendu de l'échafaud et avait fléchi les genoux au pied de ce fatal escalier, que tout était consommé.

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(Pézenas - Place du 14 juillet)

On peut, sans exagération, évaluer de 35 à 40 mille le nombre des personnes que ce sanglant spectacle avait attirées à Pézenas. Mais si l'on doit déplorer l'avide curiosité qui a mis en mouvement une telle affluence de gens, on doit aussi, à leur louange, reconnaître que l'attitude de tous a été grave et silencieuse, et que le seul sentiment qui se soit manifesté est celui d'une douloureuse anxiété.

Une dame, et c'est bien tant pis pour elle, qui, volontairement, assistait aussi, d'une fenêtre à cet horrible drame a été saisie soudain de spasmes et de convulsions telles qu’il a été fort difficile de rappeler ses esprits.

 

10/11/2008

Pezenas - L'hôpital militaire en 1915

En cette veille de la commémoration du 90ème anniversaire de l'armistice, je tenais à rendre hommage aux jeunes soldats qui sont tombés pendant la Grande Guerre. Sur 6 hommes partis la fleur au fusil, 1 n'est pas revenu et deux autres sont revenus blessés, souvent gravement. Quant aux trois autres, ils sont revenus dans leur famille mais bien souvent meurtris dans leur tête. Après la guerre, ils ne parleront pas ou peu de ce qu'ils ont vécu. Par contre, leur correspondance écrite sur le front est arrivée jusqu'à nous. Pourra-t-on en dire autant de nos mails, sms, blogs et autres coups de téléphone, dans 100 ans ?

Comme beaucoup de villes, Pézenas possédait un hôpital militaire provisoire pour la convalescence des blessés les moins graves.

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(Pézenas - Pendant la Guerre, Hôpital auxiliaire n°15, croix rouge)

 

Lettre de poilus

Toulouse, 11 août 1914

Nous partirons jeudi ou vendredi au plus tard. Je crois pour Besançon, et puis par étape, nous marcherons sur l'est. Je suis brancardier. Je porte déjà mon brassard avec la croix rouge. Ce soir, avec le Major, nous avons préparé un tas de médicaments et beaucoup d'outils de charcuterie, scies, scalpels, bistouris. Je souhaite ne pas en faire connaissance plus amplement. Ici, nous ne pensons pas à la guerre, nous aurons le temps d'y penser quand nous y serons.

SM