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17/05/2010

Lunel - La cansoun de pesca luna

Merci à Pascale de m'avoir envoyé ces cartes postales.

La cansoun d'as giens de Lunel

Ay si ya lous giens dé Lunel
Qué tougiours nénfan quaouquna
Sanerou amagina dana pesqua la Luna

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(Lunel - Pesqua Luna)

La Luna éra cougiada
Créyen qué sera négada
Lanérou toutés pesqua
en dun paniez traouqua

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(Lunel - Pesqua Luna)

12/04/2010

Thezan-lès-Béziers - Le Drac

Extrait de Au coin du feu, Emile SEGUI, 1948

Bien que pieuse et fort assidue au sermon, mon arrière-grand-mère croyait au Drac. Volontiers, le soir, au coin du feu, elle en contait les malices. Au fait, savez-vous ce qu'était le Drac? Un génie pervers et malfaisant qui jouissait d'un singulier pouvoir de métamorphose. Il s'incarnait dans la peau d'un quelconque animal qui vous regardait, le traître, d'un air placide. Il lui arrivait même de prendre la forme du premier objet venu: le fruit tentateur, le bâton cruel, le caillou narquois, c'était le Drac, bellement camouflé. Avec de telles possibilités, il ne lui était pas difficile de se moquer du pauvre monde. Il ne s'en privait pas et jouait aux uns et aux autres des tours pendables.

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Une paysanne était descendue de la Fournaque avec une corbeille de linge sur la tête. Le battoir en main, elle avait lavé chemises, serviettes et torchons dans les eaux vives du Clédou, alors si propret, puis elle avait tout étendu an bon soleil, sur les galets, de l'autre côté de l'eau. Et tandis que séchait sa lessive, elle allait et venait dans le bois voisin en quête de je ne sais quels fruits sauvages.

On était au mois d'août. Bientôt le linge, d'un blanc de neige, ondula sous les caresses du vent. Quand la femme l'eût levé et empilé dans la corbeille, elle s'avança vers le ruisseau qu'elle avait aisément franchi deux heures auparavant en sautant de caillou en caillou. Ô surprise! Le Clédou avait considérablement grossi. Nulle pierre n'émergeait: impossible de passer. Et notre laveuse de se lamenter en arpentant la rive.

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(Thezan - Pont sur l'Orb)

Brusquement, sans qu'elle eût perçu son approche, un petit cheval blanc se trouva devant ses yeux. Et ce chabalou se mit à parler :

- Monte sur mon dos, je te passerai.

La pauvre femme, fort contente de ce secours inattendu, ne se fit pas prier. Elle se mit en selle d'une main tenant son panier, de l'autre effleurant la corbeille qu'elle portait, bien équilibrée sur sa cabillade.

Le chabalou fit quatre honnêtes pas dans l'eau, qui bouillonnait autour de son ventre. L'amazone improvisée se confondait déjà en remerciements quand... plouf! d'un coup de reins le Drac - car c'était lui - la fit choir dans le Clédou. Elle eut bien de la peine à s'en sortir et y perdit le plus clair de ce qu'elle portait. Et tandis que ruisselante et penaude elle reprenait le chemin de la Fournaque, elle entendait les éclats de rire du malicieux génie qui avait repris forme humaine.

05/04/2010

Pâques 2010


Extrait de Tendre Atlas, 1952, Maurice CHAUVET

Damien Di Crescenti est un petit homme brun, au corps musclé, au teint hâlé, aux yeux gris bleus. Il y a cent cinquante ans que les premiers Di Crescenti sont arrivés à Sète, vers 1800, venant de Gaëte qui est une ville où, sur une colonne, sont inscrits en grec et en latin les douze vents majeurs, au milieu des plus beaux citronniers d'Italie. Déjà les avaient précédés ceux des petits ports ligures, d'entre Gênes et Savone. Ainsi, depuis cent cinquante ans, les Di Crescenti sont devenus des pêcheurs languedociens et des marins français.

 

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Alors, vous pensez bien que la mer n'est pas pour lui l'uniforme étendue liquide que vous imaginez. C'est un monde, et sa géographie lui est plus familière que celle du Languedoc dont il ne connaît, en somme, que la ligne lointaine des montagnes violettes, la côte basse du golfe, le volcan d'Agde et le promontoire de Saint-Clair. Mais sur mer, il sait bien où il se trouve, allez, et sans carte, compas ou sextant. Il sait où gisent les épaves qui sont de merveilleux repères : « le bâtiment », le « trémats », « le bougas », « la locomotive » (car vous ne vous doutiez pas qu'il y a, par six brasses de fond, sur un banc de sable, une locomotive qui glissa du pont d'un cargo). Damien et ses compagnons savent quand ils sont sur le « trou », « le gouf » ou quand ils naviguent en « planasse ». Avec le filin de la sonde et les « enseignes », c'est suffisant pour naviguer. « Huit brasses et la cloche de Maguelone dans l'axe du Pic Saint-Loup, nous sommes sur la planasse des Aresquiers...

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De ces longues journées de pêche, Damien en parle dans son langage pittoresque, glissant dans ses propos quelques-uns de ces savoureux dictons qui sont comme l'écume de l'esprit sétois.

  • De son beau-frère qui est mareyeur, il dit: « Es afourtunat coumo oun Portugalès» « Il est riche comme un Portugais ».
  • D'un homme politique qui fait du volume : « Es un estancieur qu'a mai des patas qu'un pouffre» « C'est un estancieur (mot intraduisible) qui a plus de pattes qu'un poulpe»;
  • Quelque chose qui n'est pas clair est pour lui « oscur couma Brescou » « obscur comme Brescou » - un fort du Cap d'Agde qui servit de prison d'État.
  • Sa plus grande injure est d'appeler quelqu'un « Calabrais »
  • Et quand il parle des Montpelliérains qu'il ne voit jamais que sous les dehors d'avocats ou de médecins, il a coutume de dire : « Gens de Mount-Pélié, dona nobis domine » ce qui se passe de traduction et ajoute t’il: « Ceux-là, ils s'y entendent per faïre raca el douro» expressive locution méditerranéenne que les gens du Nord traduisent par « cracher au bassinet ».

Nul ne contestera, au vu de ces quelques exemples, l'esprit d'observation caustique de notre pêcheur. Damien Di Crescenti n'est peut-être pas un profond philosophe, c'est sûrement un sage.

07:14 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : carte, postale, pâques