08.03.2010
Abeilhan - La Farce des conscrits
Extrait de Le Folklore du Languedoc, Claude Seignole, 1960
Autrefois tous les conscrits des communes du canton se rendaient au chef lieu, accompagnés des tambours et de la musique de leur village. Au moment du tirage au sort, tous les bons numéros passaient entre deux haies de jeunes gens qui les frappaient à coups de poings sur le dos. Cette coutume a quelquefois provoqué des accidents. Les conscrits plaçaient leur numéro sur le chapeau, dans le dos et sur la poitrine et la fête se terminait par un gros repas, au son de la musique.

De retour au village, ils «branlent» et, la nuit venue, s'emparent de toutes les charrettes malencontreusement laissées dehors. Le lendemain matin on les retrouve dépourvues de roues, formant un amas inextricable. Les pots de fleurs, les tas de bois de chauffage transportés à l'autre extrémité du village, les portes des maisons où se trouvent des jeunes filles soigneusement barricadées sont les distractions les plus classiques.

De nos jours avant de passer le conseil de révision, les jeunes gens entassent au milieu de la place publique, tout ce qu'ils trouvent dehors; charrettes, charrues, seaux etc. Cela se fait généralement de nuit pour pouvoir agir impunément. Il s'agit de la farce dite du Barri qui s'exécute en Champagne la nuit du 30 avril au 1er mai. A Lodève il est de tradition de démolir les becs de gaz et les enseignes; mais je crois qu'il en est partout de même. A Avène, après un tapage nocturne en règle, ils passent dans les maisons où il y a des filles et se font offrir à boire.
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11.01.2010
Meze - Le Boeuf et le Chevalet
Extrait des Publications sur l'Histoire des Communes de l'Hérault, Albert FABRE, vers 1875
L'histoire du bœuf de Mèze dit qu'un habitant des Mourgues, quartier autrefois isolé de toute habitation, possédait un bœuf pour la culture de son terrain, et que cet animal étant mort, on conserva sa peau comme une relique qui fut étendue sur un mannequin en bois et soigneusement conservée dans la famille. Lorsque la peau primitive fut usée, on construisit un bœuf colossal que l'on recouvrit d'une toile simulant la tête avec les cornes, sous laquelle se logèrent les hommes chargés de porter cette carcasse.

Le bœuf est manœuvré par huit hommes, quatre de chaque côté; il est formé par une grande toile brune qui descend jusqu'à terre et cache les porteurs. Un homme est chargé de faire mouvoir la tête et les mâchoires, au moyen d'une gaule, et un autre, tenant entre ses mains un baril recouvert d'une peau d'âne tendue, traversée au milieu par une corde goudronnée, imite, en faisant glisser cette corde entre l'index et le pouce un mugissement assez pareil à ceux des bœufs. Au dehors un conducteur ou cornac, armé d'un long aiguillon, commande les évolutions à faire.

A un moment donné, sur un signal du conducteur, le bœuf se met à courir, et gare à qui se trouve sur son passage! Il est impitoyablement renversé, au grand contentement des spectateurs. Le bœuf est de toutes les fêtes publiques, comme il était autrefois des fêtes religieuses.
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03.01.2010
Bonne année 2010
Amis internautes, je vous adresse tous mes voeux de bonne année 2010.



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21.12.2009
Joyeux Noël
Amis internautes, je vous souhaite de bonnes fêtes de Noël.


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14.12.2009
Beziers - Les jeux des petits biterrois
Extrait d'un article tiré de "De Maguelone à la Cité", 1948, Louis J. THOMAS
Les petits enfants de Béziers pratiquent-ils encore, les hommes de Béziers ont-ils connu dans leur enfance, les jeux auxquels se plaisaient les Biterrois de huit à douze ans au temps du roi Louis XVI ?
Voici, pour les aider dans cette recherche et cette comparaison entre le temps de Marie-Antoinette et le nôtre, un bien curieux catalogue des amusements dont se récréaient les petits Biterrois qui avaient douze ans lorsque mourut le roi Louis XV. Ce catalogue a été dressé au mois d'août 1808 par un illustre enfant de Béziers, né le 20 janvier 1762, le général Miquel.

En l'année 1808, l'empereur Napoléon voulut connaître exactement l'origine et la situation de tous les hommes notables de son Empire. Une vaste enquête fut entreprise; des renseignements furent recueillis, des états furent dressés, que l'on retrouve abondamment parmi les documents statistiques des Archives.
Pour obéir aux ordres venus de Paris, le préfet de l'Hérault voulut entre tant d'autres, dresser la fiche signalétique du général Miquel, notable biterrois. De Foix, où il commandait, Miquel envoya à son neveu Jacques Azais, pour qu'il les transmit au préfet, toutes les précisions désirables sur son âge, sa famille, sa fortune, sa carrière militaire.

Mais à sa notice, il ajouta le plus savoureux post-scriptum. « Réflexion faite, écrivait-il, comme M. le Préfet désire connaître ce que j'étais avant 1789, il ne serait pas hors de propos, en prenant l'époque d'un peu haut, de lui dire que, in illo tempore, je m'occupais à jouer... :
- A renguetos
- A zin-zest
- A Siro, d'ou-bien-tu ?
- As quatre cantous
- A la man caudo
- Al cugnet
- Al chabalet de San-Jordi
- A seletos
- A Pachechin
- A las candeletos
- A las quatre bariolos
- Al serboulan
- Al planto portos
- Al fran-carreou
- Al pan, ambe de liards contro la muralho
- A couri ambe la cordo
- A la gauduffo
- A barros
- A las justos, sus de pichots carriots
- A las damos, sul plan de San-Félix
- A las bouletos, sul taulié, à Cabrit ou las enganos
- Al sautarel
- A la paumo
- Al rampot
- Al berlan, ambe de decoupuros
- Al palet, al rec de Bagnols
- A las bochos, al rec de Saint-Antonio
- Al malhé, al cami del Pontil et à la Pourtanelo
- A fa de soupetos, as moulis ou al poun rouge
- Al rat, sur l'esquino de las bieillos
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16.11.2009
Saint-Jean-de-Buèges - Histoire de cercueils
A quelques dizaines de kilomètres de Montpellier, il existe une rivière un petit peu magique. D'un bleu turquoise à sa source, cette résurgence au pied de la Séranne se transforme en oued et disparaît sous terre. Ainsi se meurt la Buèges, un peu en aval de Saint-Jean de Buèges ... (Découvrir la Buèges sur la blog Eldorad'oc)
Extrait de Fleuve d'Or, route enchantée, Maurice CHAUVET, 1947
Le pays est si désert que pour ensevelir les morts selon les rites liturgiques et en terre consacrée, ces populations foncièrement catholiques attachent le défunt sur une échelle que l'on fixe à dos d'âne et qu'on descend par des chemins muletiers à SAINT-GUILHEM, au CAUSSE-DE-LA-SELLE où il y a un menuisier pour faire le cercueil, un curé pour les prières et un cimetière pour ensevelir.

On m'a raconté l'histoire d'un original qui habitait une ferme isolée. La perspective de ce voyage inconfortable, quoique posthume, ne lui souriait guère, aussi avait-il fait fabriquer son cercueil à l'avance à MONTPELLIER et depuis des années, la boîte de chêne attendait dans la salle commune du Mas. Elle en constituait, avec le pétrin et la pannetière, un des plus beaux ornements. Il y avait bien un demi-siècle qu'elle était là, mais le vieux Milou, comme si cette caisse avait été un talisman de santé, n'était pas prêt encore à s'embarquer sur cette galère. Or, un soir d'hiver au moment où la nuit tombait et qu'il était seul devant l'âtre, se présenta à lui un Monsieur bien mis et de bonnes manières. C'était un antiquaire parisien qui avait laissé sa voiture à PÉGAIROLLES et qui prospectait les fermes des environs :
- Vous ne voudriez pas vous débarrasser de quelques vieilleries, demanda-t-il, bassines de cuivre, chandeliers, vieilles assiettes, chenêts, j'en donne un bon prix.
- Non, Monsieur, répondit Milou, je n'ai rien à vendre. Mais l'autre insistait, inspectant la pièce d'un regard rapide et sûr; perçant la pénombre, son œil s'arrêta sur le cercueil qu'on distinguait à peine:
- Et ce coffre à pendule, ne le cèderiez-vous pas?
- Quel coffre à pendule? dit Milou, ah! vous voulez parler de... eh bé, Monsieur, ça c'est pour les pendules cassées. Vous voyez pas que c'est un cercueil?
- Comment un cercueil, s'écria l'autre, et qu'en faites-vous ici, dans une cuisine?

Toute cette insistance agaçait le vieux Milou dont les yeux tout à coup pétillèrent de malice.
- Ah Monsieur, ce que nous en faisons. Oh! c'est très simple, c'est pour enterrer les étrangers! Bon an, mal an, il y en a bien deux douzaines qui s'égarent sur le causse, ou qui tombent dans les calavens la nuit...
- Qui tombent dans les calavens !
- Eh oui, mon brave, ou bien qui sont dévorés par les sangliers, ou bien encore assassinés par les charbonniers italiens...
- Assassinés par les charbonniers italiens !
- Oui mon bon Monsieur, alors quand nous retrouvons les corps, nous les mettons proprement en bière et nous les renvoyons à la famille. C'est une sorte d'industrie locale qui rapporte assez bien; tenez, ce cercueil c'est le dernier qui me reste de la saison.
- Ah mon Dieu, s'écria l'autre bouleversé, où est mon chapeau, vite mon chapeau? Au revoir, brave homme, je reviendrai!
Et ouvrant la porte, il s'enfuit dans la nuit comme un fou tandis que Milou en pleurait de rire.
Depuis, on n'a jamais revu, dans les parages, d'antiquaires parisiens.
07:35 Publié dans Histoire locale, Saint-Jean-de-Buèges, Traditions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cartes, postales, saint-jean, bueges, herault
05.10.2009
Montpellier - Meeting du 9 juin 1907
Les manifestions viticoles de 1907 à Montpellier ont déjà fait l'objet d'une page sur ce blog. L'intensité du mouvement a marqué les esprits des montpelliérains qui ont immortalisé ces scènes. Pour donner une idée de l'importance de la foule, le nombre de manifestants est dix fois supérieur au nombre d'habitants de la ville à cette époque.
http://cpa34.midiblogs.com/archive/2007/06/04/montpellier...
Cette carte postale possède une anomalie flagrante: elle a été tirée à l'envers. En effet, le texte du auvent du "Grand Café de Montpellier" est inversé. Il s'agit d'une anomalie lors de l'impression de la carte. D'ailleurs, la même vue a été également tirée en même temps, mais dans le bon sens.

26 juin 1907
Vive le vin naturel
Paul
La carte ci-dessous montre le défilé du 9 juin 1907 devant la préfecture. Chose curieuse, cette carte a été envoyée en 1917. Cela traduit soit que les montpelliérains ont conservé une mémoire tenace de cet événement pour vendre des cartes 10 ans après, soit que notre correspondante a conservé cette carte chez elle pendant 10 ans.

Montpellier, le 10 janvier 1917
Ma chère amie,
Au même instant je viens de recevoir le paquet de café en très bon état, seulement avec un long retard comme j'avais déjà répondu à votre lettre en vous disant que je ne l'avais pas reçu je vous écris ces deux mots pour vous rassurer et vous remercier.
Amitié à toute votre famille. Recevez toujours ma bonne et sincère amitié. Votre petite amie pour la vie.
Irma
07:30 Publié dans Histoire locale, Montpellier, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cartes, postales, montpellier, 1907, evenement viticole
21.09.2009
Beziers - Les vendanges
Extrait du roman Les vendanges, Georges BEAUME, vers 1920
La colle, par des chemins sinueux, au loin, entre les haies, était en marche. Tous appartenaient à la ville: une dizaine, dont trois hommes, parmi lesquels Caguésol, le pire garnement de la contrée, qui ne travaillait qu'aux vendanges. Caguésol, toujours jeune et bon drille, malgré l'approche des quarante ans, s'avançait le premier, gesticulant, dominant de la voix, car ils gravissaient la côte en chantant, le front levé vers la grange blonde, baignée de lumière.
Les vendangeurs arrivèrent en tumulte, par le portail aux battants étalés. Caguésol jeta son sac contre le mur, s'assit dessus bravement, en s'épongeant la figure. Martin, sans se déranger de sa chaise, considéra la troupe avec contentement, avec une amitié qui lui monta du cœur aussi forte qu'à la nouvelle d'un héritage longtemps attendu. C'était la première fois qu'il employait tant de gens. Il soignait sa terre depuis vingt ans: elle lui rapportait enfin, il pourrait économiser, cette année, acheter quelques rentes. Il allait ramasser la récompense de ses efforts, de ses douleurs de sa foi.
A table, Lise se tenait sans embarras, sans honte, en enfant de la maison. Ici, régnait la bonhomie du paysan qui aime la terre pour lui et pour les autres, l'amitié du camarade qui, se souvenant des temps de misère, partage avec ses domestiques le plaisir du labeur et des résultats. Ils se regardèrent tous autour de la table en riant et, sur un geste du maître, trinquèrent sans parler, avec modestie.

On entama la vigne la plus proche de la ferme. Caguésol et Fulcrand, armés chacun d'un levier, s'associèrent pour transporter les fardeaux, tandis que les autres hommes entassaient les raisins à coups de massue dans les comportes. Les femmes avaient attaché leur long tablier de toile par la cordelière et noué sous le menton les ficelles du chapeau de paille.
On riait. Lise oubliait son chagrin dans la familiarité de ces pauvres qui chantent toujours comme des cigales. Martin allait à droite et à gauche, tantôt s'attaquant à un cep, tantôt roulant des tonneaux. On mangeait des raisins, on se grisait de soleil, les hommes en bras de chemise, leur veste posée au bord du talus.
Mathieu, s'étant assuré que, sur l'aire, devant le portail, il n'y avait point de grosses pierres, donna des coups de fouet vers le chemin avec un geste de prévenance et d'appel; et la mule, hochant la tête, ébranla la charrette énorme. Deux hommes pour les fouloirs, séjournaient dans la grange, avec Martine, laquelle veillait au manger du monde et de la basse cour.

Le soir, dès cinq heures, la bande repartit pour la ville, tous un peu las, noirs de raisins, rôtis de soleil. Les femmes portaient délibérément sur la tête des paniers pleins de fruits, d'où débordaient les vertes feuilles. Caguésol entonna une chanson. Paisibles, sans gestes, bientôt ils se mêlèrent à toutes les bandes qui chantaient aussi, affluant sur la route. Le soir bleu alanguissait la campagne.
Vers le couchant semblait percer une lumière nouvelle sortie des bois rouges, des profonds ravins des Cévennes, une aube ardente qui faisait flamber les cimes et fleurir d'étoiles les futaies et les hauts branchages. Les roseaux frémissaient parfois, sous les caresses furtives, si menues, de la brise. Les charrettes, dans le recueillement des terroirs sonores, éveillaient une musique très lointaine de barbares cheminant vers des buts ignorés.
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07.09.2009
Villemagne - Les croyances de la montagne noire (2)
Extrait de Usages, coutumes et superstitions des habitants de la montagne noire, A de Chesnel, 1839
MÉDECINE.
Il n'est pas nécessaire de dire ici combien l'empirisme a de pouvoir sur l'esprit des habitants de la Montagne-Noire, et avec quelle confiance ils emploient les remèdes indiqués par les sorciers et les sorcières, ou par les charlatans qui exploitent les foires. Chez eux, les gens qui font métier de guérir sont appelés Rhabilleurs. La plupart sont des misérables qui captent leurs dupes au moyen de pratiques superstitieuses; mais l'expérience a cependant donné à quelques-uns d'entre eux une habileté remarquable pour les opérations que réclament les fractures.
Lorsque les habitants de la montagne ont un animal malade de quelque plaie envahie par les vers, ils se rendent dans la campagne auprès d'un pied de yèble, Sambucus ebulus, et tordant une poignée de cette plante dans leurs mains, ils lui font un grand salut et lui adressent les paroles suivantes en patois :
-« Adiù sies, mousu l'aoûssier, sé né trases pas lous bers dé moun berbénier, vous coupi la cambo, maï lou pey. »
Ce qui veut dire en français :
-« Bonjour, monsieur le yèble si vous ne sortez pas les vers de l'endroit où ils sont, je vous coupe la jambe et le pied. »
Cette menace effectuée, la guérison est assurée ou peu s'en faut.

Les montagnards sont tellement convaincus que la joubarbe Sempervivum tectorum, est un préservatif contre les maladies qui tentent de s'introduire dans leurs maisons, que c'est un véritable sacrilège de leur enlever cette plante lorsqu'elle croît sur leurs murailles ou leurs toits. Lorsqu'elle est en fleurs, ils en coupent les tiges, pour les disposer en croix sur la porte des étables. A Lacaune, le gui s'appelle Besq en patois, et les habitants de la contrée croient encore, ainsi que le croyaient les druides et les Gaulois, que cette plante parasite, prise en breuvage ou appliquée sur l'estomac, est un remède efficace contre le venin, de quelque espèce qu'il soit.

On peut se guérir de la fièvre, en déposant une pièce de monnaie dans un endroit du bois où plusieurs chemins se croisent, et en récitant un Pater, le premier passant qui ramasse la pièce, emporte aussi la fièvre. Les haches celtiques, Celtœ, portent dans la Montagne-Noire le nom de Peyros dé picota (pierre de variole) ; on les suspend dans les bergeries, afin de préserver les troupeaux de la clavelée.
Les Spartiates avaient institué une fête nommée Nudipedales, Nudipedalia, qui, après s'être propagée dans toute la Grèce et chez les Romains, s'est aussi perpétuée chez les peuples modernes. Elle consistait anciennement en des sacrifices que l'on faisait nu-pieds, pour être délivré de quelque affliction. Aujourd'hui elle se célèbre par un pèlerinage à un lieu sanctifié. Personne n'ignore combien ces pèlerinages sont nombreux, combien quelques endroits où ils s’accomplissent ont acquis de célébrité.
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24.08.2009
Sète - Les joutes de la Saint Louis
C'est la veille du grand jour, la Saint-Louis, jour de fête en pays sétois. Depuis quelques jours déjà, la ville est en effervescence.
Extrait de Fleuve d'Or, route enchantée, Maurice CHAUVET, 1947
Dès le matin, pendant que sonnent les cloches et que les drapeaux ondulent au vent, c’est le défilé des jouteurs pavois au bras et lance haute tandis que les tambours et les hautbois rythment leur marche allègre. Au passage, les amateurs saluent les héros de la fête: «Alors, Isoard, tu es prêt? » - « 0, Liparotti, bagna pas la camisa! » « Cabussaras pas, é, Di Crescenzo! », et ces interpellations dans la bonne tradition homérique fusent de ces bistrots qui portent des noms aussi savoureux que ceux des trois mâts de la grande époque. Quoi de plus poétique que ces bars de « l'Horizon », des « Paquebots » ou de « Terre Neuve ».

Mais c'est l'après-midi, quand le « labech » rafraîchissant gonfle la tente de la gabarre officielle sur l'aveuglante réverbération du grand Canal, que les maisons du quai éclatent de blancheur, que la foule pressée sur les noirs chalands de bois s'agite et crie, qu'un papillonnement de couleurs, de sons, de lumière vous grise déjà, que tout-à-coup éclate l'ardente musique des combats. Les deux grandes barques foncent sous l'effort des rameurs, on entend grincer le bois des lourds avirons, la vitesse s'accroît et, brusquement, un grand silence: musique, rameurs, rumeurs, tout s'est tu. Pendant dix secondes, les deux navires semblent s'aborder furieusement, glissant bord à bord en pleine course et c'est le double choc sourd des fers de lance sur les pavois, un homme désarticulé qui tombe de la haute tintaine, un vaincu arraché à son piédestal éphémère, un « plouf » dérisoire dans l'eau verte et scintillante du canal.

Le drame a duré une demi-minute et déjà un nouveau combattant salue de la lance pendant que le hautbois et le tambour reprennent l'air lancinant qui, jusqu'au soir, fera retentir son inlassable scherzo.
Aucune comparaison n'est possible entre ce noble jeu au cérémonial séculaire, fait de plastique, et pour parler sétois de « prestance» et ces joutes dites lyonnaises où des hommes en maillots de bains se renversent au ras de l'eau en se poussant avec des bâtons que terminent un tampon douillet. Ce n'est là qu'une parodie des nobles joutes sétoises où le trident de fer arrache souvent un morceau de chemise et marque d'un sillon sanglant l'épaule de l'adversaire. Il s'agit bien ici d'un tournoi avec toute son élégance, son côté chevaleresque, sa force hardie; les autres joutes ne sont que des divertissements aquatiques d'un médiocre intérêt.
07:14 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe, Histoire locale, sete, Traditions, Voyage/Tourisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cartes, postales, sete, herault, joutes

